Un tsunami dans le lac Léman

Un tsunami dans le lac Léman

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Photographie aérienne de Genève en avril 2005 : la rade, le jet d'eau, le pont du Mont-Blanc.

On connaissait l'événement par des récits historiques. Il vient d'être corroboré par des études géologiques : un tsunami a bien eu lieu à Genève en l'an 563. Et les chercheurs soulignent qu'une telle catastrophe pourrait se reproduire.

Une campagne de sondage réalisée au fond du lac Léman par des géologues de l’Institut des sciences de l’environnement de Genève vient de confirmer deux récits datés du Moyen Âge : ceux de Grégoire de Tours et de l’évêque d’Avanches qui rapportent la destruction, en 563, de la cité de Genève et de tous les villages situés autour du lac. Leurs écrits parlent d’une « vague géante » qui se serait formée en amont du lac après l’effondrement d’une montagne dans le Rhône, à quelque 70 km de la ville, à l’endroit où le fleuve se jette dans le lac.

D’après les travaux de géologues parus dans Nature Geoscience du 28 octobre 2012, les sédiments qui conservent la trace de cet événement forment une couche de cinq mètres d’épaisseur et s’étalent sur environ dix kilomètres. Les datations au carbone et les simulations numériques corroborent en tous points le récit : la vague qui aurait submergé Lausanne mesurait treize mètres – et huit mètres en arrivant à Genève, quelque 70 minutes après la rupture rocheuse initiale.

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Ce schéma représente la propagation du tsunami à travers le lac Léman, selon les simulations numériques. A droite, le point où s'est sans doute produite la rupture montagneuse et la chute dans le Rhône. Dans les cercles noirs, la hauteur de la première vague en divers points de la côte. En rouge, la progression de la vague et le délai écoulé depuis l'éboulement initial. © Nature geoscience

Les études sismiques montrent même que les accidents géologiques dans la région ont été nombreux depuis 10 000 ans et que ce tsunami n’a peut-être pas été le seul. Les chercheurs appellent donc à la vigilance : les rives du lac, très densément peuplées, courent un risque qui serait, d’après eux, largement sous-estimé.

Une inondation violente et subite

« Il parut alors dans les Gaules un grand prodige au fort de l’Écluse, situé sur une montagne au bord du Rhône. Cette montage fit entendre pendant près de soixante jours je ne sais quel mugissement, et enfin elle se sépara d’une autre dont elle était proche, et se précipita dans le fleuve avec les hommes, les églises, les richesses et les maisons qu’elle portait. Les eaux du fleuve sortirent de leur lit et retournèrent en arrière, car cet endroit était des deux côtés serrés par des montagnes, entre lesquelles le torrent coulait par un lit étroit (…). Ensuite de quoi les eaux amoncelées se précipitant de nouveau, surprirent inopinément (…) les habitants du pays situé plus bas le long de la rivière, les noyèrent, renversèrent leurs maisons, emportèrent les chevaux et tout ce qui se trouvait sur la rive, bouleversant et ravageant par une inondation violente et subite jusqu’à la ville de Genève. On dit qu’il s’assembla dans cette ville un tel amas d’eau, qu’elle passa par-dessus les murs ; cela n’est pas difficile à croire, parce que, comme nous l’avons dit, le Rhône en ces endroits coule dans un défilé entre des montagnes, et lorsqu’il est arrêté, ne trouve sur les côtés de passage par où il puisse s’écouler. » Grégoire de Tours (539-594), Histoire des Francs.

Paloma Bertrand - http://www.universcience.fr/fr/science-actualites/actualite-as/wl/1248135358908/un-tsunami-dans-le-lac-leman/

SFH 11-2012

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