Je n'étais qu'un androïde - Extrait

Je n'étais qu'un androïde - Extrait

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Extrait de mon roman de SF " Je n'étais qu'un androïde", paru en 2011 aux éditions Baudelaire. (c) Yves Herbo.

 

" (...) Le Coordinateur m’a bien tué. Alors, les terriens ont le moyen de faire renaître les morts ! Je peux bouger. Nephtys me regarde avec des yeux étonnés. Je lui souris avant de me lever. Grey me plonge dessus, il me pousse sous une racine. J’avais oublié le Chra ! Nephtys se met à ramper vers moi. Je la reçois dans mes bras. Il y a maintenant trois Chras. Ils doivent nous rechercher. Après le carnage des policiers, c’est normal.

Le Coordinateur ! Il devrait à nouveau essayer de nous tuer ! Pourquoi ne le fait-il pas ? Grey me fait signe. Il faut partir. Des militaires arrivent dans notre direction. Les questions, à plus tard !

— Où allons-nous ?  

—Nulle part. Nous nous planquons dans la jungle.

—Suis-nous !

Je ne comprends pas tellement le terme «planquer» que Grey a employé. Nephtys s’est déjà éloignée en suivant Blue. Je suis le dernier. Ça m’apprendra à me poser trop de questions. Sur ce point le Coordinateur avait raison.

Je m’élance en courant à la suite de Grey. Je me retourne un instant en entendant un bruit. Plusieurs militaires habillés en rouge, je les vois. Ils se mettent à courir vers moi. Je ne vois plus Grey. Les branches épineuses me giflent et me déchirent dans ma fuite. Tant pis ! Je fonce. Tout droit. Je sens un rayon me frôler. Un arbre à côté de moi tombe en flamme. Vite ! Encore plus vite ! Alors que je saute par-­dessus un gros tronc renversé, je sens une main me retenir par la jambe. Je suis pris. Avec l’énergie du désespoir, je me secoue. L’homme m’attire vers lui, sous le tronc.

— Qu’est-ce qui te prend ! Cache-toi !

C’est Grey ! Je n’ai pas le temps de m’excuser. Un, puis deux, bientôt des dizaines de soldats sautent par-dessus notre tronc. Personne ne nous voit. Ils poursuivent Nephtys et les autres. Espérons qu’ils leur échapperont.

Nephtys ! Pourvu que... Grey sort hors de notre cachette. Il m’attire dehors.

— Bon Dieu, secoues-toi un peu ! Il faut à tous prix trouver une bonne cachette. Ensuite, nous essaierons de rejoindre les autres.

 Nephtys !

 On n’y peut rien. Blue aura prit soin d’elle.

Je ne dis rien. J’ai peur ! Je ne m’attendais pas à être si rapidement et si souvent confronté à la violence.

— Allons par là. Grey me désigne le coin le plus épais de la jungle.

— Non ! C’est là que se trouvent les bêtes carnivores, les plantes...

— Nous n’avons pas le choix !

A ces mots, Grey se met à courir dans cette direction. J’hésite un instant, puis je le rejoins. Un groupe de soldats nous a vus, mais nous sommes trop loin pour eux, ils se contentent d’attendre leurs congénères à l’abri. Nous nous enfonçons dans la brousse, nous avançons sans nous arrêter. Sceuz est presque couché quand nous nous arrêtons. Nous sommes exténués, épuisés. Grey me tend mon arme. Je ne m’étais même pas rendu compte que je ne l’avais plus. Grey me regarde attentivement.

— Nous avons eu de la chance. J’espère que les autres aussi.

— Comment nous avez-vous sauvés ?

— Cela a été un réflexe pour moi. En vous voyant tordre de douleur, j’ai saisi mon arme et je vous ai paralysés.

— Donc le Coordinateur n’est pas aussi puissant que cela. Mais en ce moment, comment ce fait-il qu’il me laisse en vie ?

— Il doit te croire mort. Et il ne cherche plus tes pensées.

Cela m’étonne. J’ai faim. Et il me faudrait du Régéné. Grey me tend l’une des pastilles nutritives que les terriens portent tout le temps sur eux. Aucun goût. Je ne suis pas satisfait. J’ai toujours aussi faim.

Oh ! D’un seul coup, je me sens plein, comme si j’avais avalé tout un repas ! Je n’ai plus faim ! C’est prodigieux. Je ne questionne pas Grey. Il s’est endormi. Moi, je n’arri­verai jamais à dormir. Et d’ailleurs, il faut que quelqu’un veille.

Je repère un arbre et je grimpe sur l’une de ses grosses branches. De là, j’ai une bonne vue d’ensemble. Mes regards se portent vers la direction de la ville. Je ne la vois pas, mais une luminosité nébuleuse flotte au-dessus des collines.

J’entends des bourdonnements, les vaisseaux militaires n’arrêtent pas leurs rondes. Je perçois un mouvement. Loin. Très loin. Là même où les soldats ont commencé à nous poursuivre. Des rayons. Les soldats tirent sur quelqu’un. Une forme se met à courir devant eux. Un rayon... Non !

La forme s’est désintégrée !

Nephtys ! Ou un autre. Iven, Dennis, Blue ou Gain ! Si c’était Nephtys ? Il faut que j’aille voir. J’aperçois Grey, trente mètres plus bas. Je suis sur un arbre qui domine les autres. C’est un Hytuis, un arbre puissant, sage et éternel.

Je ne peux pas abandonner Grey. Les monstres, les bêtes carnivores. Que faire ? Rien. Attendre. Sceuz a disparu. La nuit tombe rapidement. Une nuit noire. Toujours noire, vu qu’aucun satellite ne tourne autour d’Edan. Je ne vois plus rien. Des ombres, des formes vagues. Des bruits. Des milliers de bruits différents.

Les animaux nocturnes sortent de leur tanière. Les monstres vont sentir les chairs pleines de vie. Des bour­donnements dans le ciel, des éclairs pourpres et jaunes. Les autres doivent se battre, se défendre. Et nous, nous sommes cachés, nous ne craignons rien. Rien, sauf les monstres. J’ai envie de partir, d’aller aider les autres. Non.

Coincé ici… Je m’ennuie. Mes yeux se ferment. Il faut que je tienne. Les monstres ne pardonnent pas les erreurs.

Je... Suis fatigué. Je sursaute. Je m’étais endormi. A peine cinq minutes, mais c’est trop, déjà. Je n’arrive pas à veiller. Il faut que je bouge, que je redescende du Hytuis. Il faut que...

Que se passe-t-il ? Des bruits, des cris, des gémissements. Je me suis endormi ! Il y a trois heures que je... Grey ! Les monstres sont là ! Il faut l’aider. Je descends rapidement. J’entends les cris désespérés de Grey. Il n’a sûrement pas eu le temps de saisir son arme. Arme ! Je dégaine la mienne. Tout en descendant, je braque le canon, avec sa torche intégrée, vers les formes qui bougent sans cesse. Je ne vois rien. Je risque de toucher Grey en tirant.

Dans mon énervement, je perds mon équilibre. Heureusement, je n’étais plus haut. Je roule au bas de l’arbre sur le tapis herbeux. Une forme bondit sur moi. Affreux. C’est un Spix, c’est énorme reptile à huit pattes et qui crache du venin. Je n’ai pas lâché mon désintégrateur. Le Spix est sur moi. Il m’étouffe ! Je suis déjà à bout de souffle quand mon index pousse maladroitement le pous­soir. Une intense lumière pourpre, un grésillement. Une odeur affreuse. Le rayon a fait éclater la tête du monstre. Je me dépêtre des lambeaux de chair qui me recouvrent. Je vois mieux. Grey a affaire à deux Kywls. Ce petit monstre volant dont la langue empoisonnée peut se projeter à des mètres du corps.

Ce monstre horrible, dont les trois yeux à facettes, proé­minents, font se figer la proie. Grey se bat avec l’énergie du désespoir. Les deux monstres n’ont pas encore pu ajuster Grey pour projeter leurs langues. Grey vient de s’écrouler, il a glissé sur l’herbe. Mes deux mains sur mon fulgurant, je tire sur le premier Kywl. Je le loupe. Je dois m’y prendre à trois fois pour désintégrer la bête. Il était temps. La lan­gue allait jaillir et tuer Grey. Le deuxième monstre fonce maintenant sur moi. Ses grandes ailes membraneuses m’enveloppent. Je suis fichu ! Non ! Un éclair jaune illu­mine la végétation alentour. Le monstre est prit d’un long frémissement et glisse le long de mon corps. La nuque arrachée par un rayon fulgurant, la bête est morte.

Je regarde Grey. Il tient encore son fulgurant braqué. Il me regarde, les yeux et le regard vide. Il lâche l’arme et s’écroule. Je remets l’arme dans sa gaine et je saisis Grey par l’épaule. Il n’a rien. Choqué, surpris, c’est tout. Il a gardé les yeux ouverts. Il me regarde en silence. Puis, après un tremblement, il se lève, soutenu par mon épaule.

— Qu’est-ce... Vos monstres carnivores ?

— Oui, un Spix et deux Kywls. Tu as eu de la chance.

— Grâce à toi...

— Non. Si je ne m’étais pas endormi, les trois monstres n’auraient pu s’approcher. C’est de ma faute. Je me suis endormi sans te demander ton avis.

— Nous étions tous les deux fatigués.

Je ramasse son arme et je lui tends.

— Ces monstres travaillent ensembles ?

— Oui, Grey, les monstres carnivores sont tous compli­ces. Ils se partagent les proies. Nous sommes tombés sur les moins dangereux, heureusement !

— Les moins dangereux ? Gulp... Je ne préfère pas tom­ber sur les autres ! Maintenant que nous sommes réveillés, autant continuer notre chemin.

Je dois lui parler des autres, et de la mort probable d’au moins l’un d’entre eux...

Lui ayant tout dit, nous nous dirigeons prudemment vers l’endroit où la forme a été désintégrée. II nous a fallu deux heures pour parvenir à l’endroit. Nous avons dû éviter deux groupes de soldats. Nous avons failli être attaqués par un monstre. Maintenant, nous y sommes. Il n’y a plus personne. De nombreuses traces montrent que des dizaines de soldats sont passés ici. D’un commun accord, nous nous enfonçons dans la jungle, là où les autres ont disparu.

Nous avons trouvé des touffes de cheveux, ils appartien­nent indéniablement à Nephtys. Les chaussons métalliques laissent des empreintes assez repérables, et les bottes des soldats écrasent tout sur leur passage.

Alors que nous nous trouvons au milieu d’une petite clairière, nous entendons un bruit de branches cassées derrière nous. Nous nous retournons ensemble. Aussitôt, nous repérons deux formes tapies dans les broussailles. La nuit nous empêche de voir qui sont ces formes. Mais, par contre, la brillance des armes qui sont braquées sur nous est visible. Comme Grey, je lève les mains. Les deux formes sursautent et se lèvent ensemble. La nuit est si noire que nous ne voyons même pas la coloration des vêtements. Des «flics» ou des soldats ? Les deux formes se mettent à courir vers nous et lancent de légers cris. Grey baisse lentement ses bras et s’apprête à saisir son arme. Les deux formes arrivent.

Blue ! Nephtys ! Je ne peux retenir un strident cri de joie. Nephtys se jette dans mes bras et Blue se met à taper fortement sur l’épaule de Grey. Nous rions tous fortement, à nous crever les poumons.

D’un seul coup, des cris retentissent autour de nous. Quel bruit nous avons fait ! Sans plus réfléchir, nous nous mettons tous à courir devant nous sans même savoir où nous nous dirigeons. Des rayons jaunes et pourpres fusent derrière nous. Je ne lâche pas Nephtys de la main. Grey et Blue sont devant nous. Nous avons tous dégainé nos armes, et, parfois, Grey s’en sert pour détruire tel ou tel arbre qui nous gêne dans notre fuite.

Il faut croire que la chance est avec nous car les soldats sont retardés par une attaque de monstres. La nuit est encore là, et nous les semons facilement. Au bout d’un moment, nous grimpons tous en haut d’un Hytuis. C’est le moment de faire le point.

— As-tu des nouvelles de Gain, de Iven et de Dennis ? demande Grey à l’adresse de Blue.

Le tireur d’élite nous montre un petit appareil et nous dit que, grâce à ce mini récepteur, il avait parlé avec Gain. Gain est tout seul, il est caché dans une grotte ou un terrier d’animal, il avait mal compris. Il n’a aucune nouvelle des deux autres.

— Il faut retrouver les autres, Gain d’abord, décide Grey. Comment avez-vous échappé aux soldats ?

Nephtys répond.

— Comme tous les autres, nous avons fui à toute vitesse, nous enfonçant dans la jungle. Nous avons semé les soldats en suivant un cours d’eau. Puis, nous avons trouvé un large trou caché par les buissons, en bordure de ce cours d’eau. C’était humide et nous avons eu froid, mais nous sommes vivants !

— Vous ne savez pas quelle direction a pris Gain ? Quand l’avez vous vu pour la dernière fois ?

— Il était devant nous. Puis, nous avons tourné pour éviter des arbres, et nous l’avons perdu. Où il est ? Nous ne le savons pas !

Grey observa un temps de silence, se mordant les lèvres. Puis, il se décida.

— Nous allons attendre la fin de la nuit, après nous nous mettrons à la recherche des autres.

Tout le monde était d’accord sur ce point, mais je crus nécessaire de dire quelque chose.

— D’accord, mais nous ne pourrons pas échapper conti­nuellement aux soldats.

— Je sais. Mais j’ai un petit plan. Je vous en parlerai plus tard. Pour l’instant, dormons. Blue, tu prends le premier tour de garde ?

 — O.K., après, Markur et toi veillerez.

Nephtys protesta, mais rien ne nous fit revenir sur notre décision. Elle dormira toute la nuit, tout le restant de la nuit, plutôt. Un point c’est tout !

Le restant de la nuit s’est bien passé. Nous nous sommes tous un peu reposés et nous sommes prêts à affronter toute l’armée s’il le faut. Nous nous mettons en route. Nous ne savons pas dans quelle direction aller précisément, mais nous appellerons en route Gain, pour savoir. Il ne faut pas moisir dans le coin trop longtemps et bouger souvent. Ce sont les propres paroles de Grey.

Blue a appelé Gain. Il se trouve plus au nord. C’est à dire que nous devrons refaire tout le chemin en sens inverse. Gain s’est rapproché de la ville. Ce n’est pas prudent, mais Gain assure qu’il est en sécurité pour l’instant.

On commence à avoir très peur pour Dennis et pour Iven. L’un des deux est mort, c’est sûr. Mais l’autre ? Nous croisons de plus en plus souvent des groupes de soldats. Jusqu’ici, nous avons pu nous cacher à temps, mais d’un instant à l’autre, nous pouvons être découverts. Plus aucune nouvelle de Gain. Blue l’a rappelé deux fois, mais aucune réponse ne nous est parvenue. Notre angoisse grandit à chaque instant. Pourquoi ce silence ? Un bruit. Le bruit d’une course éperdue. Une respiration essoufflée. Des branches cassées, des appels et des rayons. Nous nous couchons tous. Un fuyard s’approche. Mais les soldats ne sont pas loin. Juste derrière... Peut-être Gain, ou un autre.

Nous écarquillons nos yeux pour savoir de quel coté le fuyard va apparaître. Le voilà ! Il vient de jaillir à ma droite.

Le temps de voir son visage. C’est Gain ! Grey a plongé dans ses jambes et l’a attiré sous les racines. Les soldats arrivent, maintenant. Plusieurs passent sans s’arrêter.

Mais, soudain, deux hommes s’arrêtent. Ils observent les traces. Les traces de Gain s’arrêtent d’un seul coup, là où Grey a saisi ce dernier par les jambes. Ensemble, les deux soldats se tournent vers les racines où se trouvent Grey et son second.

La réaction de Grey fut immédiate, mais l’un d’eux eut le temps de crier avant de se volatiliser sous un rayon. Les soldats reviennent en arrière et d’autres arrivent. Il n’y avait pas de choix. Qu’une alternative. Nous étions repérés.

Encerclés. Des dizaines de soldats, prêts à tout, surveillaient les racines où nous étions. Nous ne les voyons pas, mais ils sont là. Des branches cassées, des frémissements. Nos doigts se crispent sur les poussoirs. D’où viendront les attaques fatales ?

L’attaque se déclenche. Un rayon vient carboniser un arbre, jusqu’à ce qu’il s’écroule. Ils cherchent à nous faire bouger. Que faire ? C’est alors que je vois deux soldats. Ils rampent à ma gauche. Ils veulent surprendre Blue. Avec un sourire figé, je les ajuste tranquillement.

Je vise le premier. Un véritable tir aux... Quelle est cette expression terrienne que prononce parfois Grey dans de telles circonstances ?

Le soldat tient déjà son arme levée. Dans un sourire méchant, je vise la main qui tient l’arme. Le poussoir est sur le fulgurant. Mon doigt enfonce la touche. Avec un rictus forcé, je vois le soldat sursauter.

Il s’est couché. Il regarde, les yeux grands ouverts de surprise sa main carbonisée, presque arrachée. Un cri monte dans sa gorge. Pris de remords, je le désintègre. Sa souffrance m’a dégoûtée.

L’autre soldat n’a pas bougé, il a regardé son camarade avec une expression de terreur. Il regarde partout. Il sait qu’il est visé, maintenant. Son regard rencontre le mien. Nous restons ainsi à nous regarder pendant quelques secondes. Il me fixe, ses yeux emplis de peur, de suppli­cation. Comme dans un rêve, mon doigt s’appesantit sur la touche du désintégrateur. Il ne reste pas de cendres du soldat qui n’a même pas bronché. Je ferme un instant les yeux, puis je me mets à ramper à mon tour.

En glissant parmi les herbes, je pense furtivement que la même mort que ces deux jeunes soldats peut me cueillir à tout instant. Je n’ai pas le loisir d’y réfléchir longtemps.

Un groupe de soldats fait mouvement vers Nephtys. Avec une grimace de pitié, je règle mon arme infernale sur la désintégration. Un soldat du groupe m’a vu. Nous tirons tous ensemble. J’ai le temps de voir deux hommes disparaître avant de rouler sur le coté pour éviter les trois ou quatre rayons pourpres qui bondissaient vers moi. Avec un frisson d’horreur, je vois l’endroit où je me tenais il y a une seconde s’enflammer.

Les yeux voilés pas la sueur et mes cheveux, je tire. Je tire sans m’arrêter. Tirer, toujours tirer. Je continue à tirer même quand tous les soldats sont morts... Mes rayons n’arrêtent pas de balayer les arbres devant moi. J’entends un cri.

— Ça va Markur, merci !

C’est Nephtys. Mes doigts se détendent. Je roule sur le coté. Les yeux fermés. La sueur m’inonde. Je sens une pré­sence à coté de moi. Je braque la tête avant même d’ouvrir les yeux. C’est Nephtys. Je lui souris faiblement pendant qu’elle me demande si je vais bien.

— Bien sûr que je vais bien. N’importe comment, il n’y a que deux alternatives : être désintégré ou aller bien ! Alors, puisque je suis vivant, je vais bien ! A part que j’en ai marre, expression terrienne, que je suis fatigué et que j’ai pitié.

— Ne crois pas que je n’aie pas pitié de ces hommes qui obéissent aveuglément au Coordinateur. Mais il s’agit de notre vie !

Elle a raison, comme toujours. Elle m’aide à me relever et à reprendre mon souffle. Les soldats sont partout, elle m’en montre des dizaines, des centaines. Grey et les deux autres se défendent avec acharnement. Ils sont durement attaqués. Il est temps que nous allions les aider. Nous fonçons donc vers nos amis. Et nous retrouvons nez à nez avec trois soldats. Ou plutôt, nous arrivons pile dans leur dos. Un seul se retourne à temps. Sans réfléchir, nous les désintégrons sans nous arrêter, à la volée. Les trois terriens nous aperçoivent. Ils arrêtent leur tir.

Alors que nous sommes presque arrivés aux racines géantes, une vingtaine d’hommes en rouge surgissent et se mettent à tirer sur nous. Des rayons passent à coté de nous et nous frôlent. C’est un miracle si nous sommes encore vivants. Il est vrai que ces soldats couraient et que Grey et les autres se sont mis à tirer sur eux. Nous ne demandons pas notre reste. C’est drôle comme j’emploie des expressions terriennes !

Nous avons plongé dans l’herbe haute. J’attire Nephtys contre moi pour la protéger. Je me sens défaillir quand je sens son corps contre le mien. Une brusque envie de...

L’arbre sous lequel étaient Grey, Blue et Gain vient d’être touché. Il s’est écroulé. D’un effort, je me lève et, demi plié, je fonce vers l’arbre en flamme. Nephtys ne m’a pas suivie. J’aperçois Grey et Blue qui se glissent sous les feuilles. Gain m’appelle, il est bloqué sous les racines. Je m’apprête à le secourir quand une nouvelle rafale des soldats me fait plonger en avant. Avec un gémissement de désespoir, je vois les flammes gagner les racines où se trouve Gain. D’un saut, je me relève et je me retrouve en surplomb de Gain qui me tend sa main. Les rayons passent en grésillant autour de moi, mais je n’y prends garde.

Ma main prend celle de Gain et je tire, je tire. Je suis rouge de colère quand je sens que Gain commence à bouger. Je redouble d’effort et c’est dans un brouillard rouge que je vois Gain se mettre debout et me pousser vers les arbres. Gain doit me soutenir car je ne tiens presque plus debout. Aussitôt à l’abri des arbres, je m’écroule. Toujours dans un voile rouge, je vois Gain qui prend soin de moi tout en surveillant les soldats.

Soudain, il me murmure que Nephtys est en danger. Je sursaute et j’essaie de me lever, mais Gain me calme et décide d’aller aider Nephtys. Gain est partit. Je me relève difficile­ment, en m’aidant d’un arbre. Je ressens une légère douleur à la tête. Je me tâte la tête et quand je retire mes doigts, je constate avec surprise qu’ils sont pleins de sang.

C’est un flot de sang qui brouille ma vue. Avec un crache­ment de colère, je saisis une grande feuille d’un arbre et je nettoie ma plaie, qui est assez superficielle. Je vais un peu mieux. Je vais jeter un coup d’oeil au-delà des arbres.

Là, je pousse un cri. Je vois une trentaine de soldats qui encerclent Nephtys et Gain, ces derniers ont les bras levés. Je braque mon arme mais je n’ai pas le loisir de m’en servir. Deux soldats viennent d’apparaître. Juste devant moi. D’un brusque mouvement de la main, l’un des deux m’arrache mon arme. Il ne m’a même pas encore regardé.

Quand il le fait, ses yeux s’ouvrent avec effroi. Il vient de voir le commandant Markur, traître à Edan, mort hier. Ma plaie a dû l’effrayer aussi. Je ne lui laisse pas le temps de se ressaisir. Mon poing va lui écraser la mâchoire. L’autre soldat n’a même pas réagi, il va rejoindre son camarade au tapis, le nez cassé.

Je ne souffle pas, je fonce droit vers la forêt épaisse. Nephtys et Gain sont arrêtés, peut-être que les deux autres ont pu s’échapper. Au détour d’un gros arbre, je me retrouve devant un groupe de soldats. Je ne les compte pas, comme j’ai repris mon arme, je me mets à tirer dans le tas. Rien n’y fait. Je suis pris par les jambes. Allongé, je continue à tirer. Je vois un homme plonger sur moi pour me saisir, sa face grimaçante disparaît dans les flammes qui ravagent maintenant son corps. Un violent coup arrache mon arme. Plus rien à faire. Je donne des coups de poings, de pieds. Finalement, je suis complètement immobilisé.

Je me débats encore, mais une corde magnétique a raison de moi. Immobilisé, je roule des yeux furieux et j’insulte ces soldats. Inconsciemment, je les compte. Une trentaine d’hommes sont devant moi, et il en arrive sans cesse.

Puis, on me soulève et deux hommes m’emportent. Je suis à la tête d’une troupe d’une cinquantaine de soldats, saucissonné - Grey m’a dit ce qu’était cette nourriture terrienne - et porté par deux soldats. Quelle fière allure ! J’en suis presque vexé ! (...) "

 

Ce roman est disponible (en français seulement) chez votre libraire : Références : Dilicom gencode 301 241 080 0016 ou via Daudin distribution N° ISBN : 978-2-35508-672-4

sur Amazon : Je n'étais qu'un androide

Sur la Fnac : Je-n-etais-qu-un-Androide

Sur Chapitre : je-n-etais-qu-un-androide

Chez l'Editeur Editions Baudelaire : isbn=9782355086724

Autres infos ici : http://yvesh.e-monsite.com/pages/ecrits-et-sciences-fiction.html

Yves Herbo (c) SGDL -03-2012

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