Montée des eaux : un immense aquifère découvert au Groenland bouleverse tout

Montée des eaux : un immense aquifère découvert au Groenland bouleverse toutes les données

C'est l’équipe du géographe Richard Forster qui a fait la découverte dans l'inlandsis groenlandais, plus précisément au sud-est de la calotte du Groenland. La découverte est décrite comme une immense nappe d'eau douce liquide, de 70.000 km² de surface et qui s'écoule sans arrêt dans un névé situé à plus de 10 mètres de profondeur. De quoi s'agit-il au juste ?

© NASA 2012

En principe, une nappe aquifère sur nos terres sont des formations géologiques où la roche est poreuse et laisse circuler librement l’eau. Ce sont des réservoirs d'eau renouvelables, alimentés par les rivières et autres cours d'eau pour la plupart. Mais les scientifiques ont découvert récemment plusieurs exemples de nappes phréatiques non renouvelables, prisonnières sous les océans dans des bulles de gaz bloquées par des roches non poreuses. Et le clou de cette découverte au Groenland est qu'elle ne correspond à aucun de ces types de nappes aquifères, mais que la roche poreuse y est remplacée par une saturation de glace laissant passer de l'eau douce qui ne gèle jamais de l'année.  On appelle ça un névé, une sorte d'énorme couche de neige très compactée qui ne fond pas, même à des températures au-dessus de zéro.

Et ce névé créé la surprise car aucune donnée du GIEC ou de suivi de l'évolution des fontes des glaces n'avait révélé ce genre de chose. On sait bien que la fonte de la calotte du Groenland s'est considérablement accélérée ces dernières années : le GIEC annonce dans son cinquième rapport que la fonte de la calotte du Groenland avait atteint 215 Giga-Tonnes/an entre 2002 et 2011, alors qu'elle n'était que de 34 Giga-Tonnes par an entre 1992-2001... (valeurs sûres à 99%).

Notons que les modèles de prévision climatique, dans les calculs de modifications de masses dans la calotte groenlandaise, ne pouvaient prendre en compte les mécanismes et la dynamique du stockage de l'eau douce dans les névés (non connus jusqu'à présent en cet endroit). Ces calculs ne prennent en charge que l'écoulement de l'eau de fonte se dirigeant vers les rivières et lacs de surface, puis les courants sous-glaciaires en profondeur. Cette nouvelle découverte va donc permettre d'affiner le suivi de la fonte de cette immense calotte glaciaire (il faut prévoir au minimum une élévation générale des eaux de 6 mètres si elle fondait intégralement !) et de comprendre éventuellement ou confirmer les raisons de cette accélération des fontes.

Cette étude, publiée dans la revue Nature Geoscience, fait suite à deux années d'analyses de données concernant une région du sud-est de la calotte groenlandaise qui possède des caractéristiques particulières : elle reçoit 32 % du total de la neige annuelle alors qu'elle ne fait que 14 % du quart sud-est de l'inlandsis. Dès 2010, Richard Forster étudiait la zone à l'aide de données radar (prises au sol et d'avion) de la NASA, puis a réalisé trois forages pour analyser les carottes de glace. L'année suivante, quatre autres forages plus profonds ont été effectués, et de l'eau liquide a été trouvée à 10 et 25 mètres de profondeur.

© YouTube, University of Utah

Pour l'instant, tous les spécialistes reconnaissent que ces nouvelles données sont très importantes, mais que leur impact est encore inconnu dans l'équation. Il pourrait être positif comme négatif, suivant qu'il conserve effectivement l'eau de fonte et aide à ralentir les effets du changement climatique, ou au contraire, que la circulation aisée de l'eau douce entre les cristaux de glace pourrait agir comme un lubrifiant et amplifier le déplacement de la glace et banquise vers les océans et donc empirer le tout. Certains pensent déjà que l'accélération de la fonte ici pourrait être aussi due à ces névés qui sont peut-être récents et eux-mêmes les premières conséquences du réchauffement du thermomètre... on pourrait peut-être d'ailleurs faire un parallèle avec l'Antarctique, qui a vu son inlandsis augmenter beaucoup ces derniers temps : des névés s'y créent aussi ? Accélérant aussi la chute de la banquise des montagnes dans l'océan ?

Yves Herbo-SFH-12-2013

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