L'automne dernier, le Gulf Stream a dévié sa trajectoire de 200 km

L'automne dernier, le Gulf Stream a dévié sa trajectoire de 200 km

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Températures de surface du Gulf Stream. Les tourbillons
équivalents des dépressions atmosphériques, vivent plusieurs mois voire plus d'un an.

Les pêcheurs de la côte est des États-Unis l'ont remarqué et ont sollicité la communauté scientifique. Durant l'automne 2011, au large de la Nouvelle-Angleterre, la température de l'océan Atlantique a augmenté et le courant marin s'est intensifié. Dans une publication parue en août 2012, une équipe du Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI) donne des éléments de réponse. En septembre, le Gulf Stream aurait dévié de 200 km par rapport à sa trajectoire moyenne !

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Maxima de température de surface de la mer représentés pour deux périodes : (a) entre le 12 et le 21 octobre 2011 et (b) entre le 1er et le 15 décembre. Sur la figure (a), la ligne tiretée définit la trajectoire moyenne du Gulf Stream durant cette période, la ligne bleue indique la trajectoire observée en septembre 2011. La figure montre que le centre du courant, à 39° N : 68° W a dévié vers le nord. Sur la figure (b), la ligne tiretée suit la trajectoire moyenne du Gulf Stream durant cette période. La ligne en trait plein présente en (a) et (b) la limite du plateau continental. On observe de larges méandres sur la figure (b). © Glen Gawarkiewicz et al.Scientific Reports

Le Gulf Stream transporte les masses d'eau chaude de Floride en suivant la côte est des États-Unis. Refroidies, elles dérivent vers le nord-est du bassin pour plonger en profondeur au Groenland, c'est la dérive nord-atlantique. Les données satellitaires du niveau de la mer et de température de surface de l'océan montrent qu'en octobre 2011, le centre du courant chaud a dévié de 200 km vers le nord par rapport à sa trajectoire moyenne.

Les données, récoltées à partir de bouées placées en profondeur à proximité des casiers de homards, identifient deux événements anormalement chauds bien distincts. Placés à l'extérieur du plateau continental de la Nouvelle-Angleterre, les flotteurs indiquent qu'en octobre et décembre 2011, la température de l'océan a augmenté de 6 °C par rapport à la température moyenne. Plus précisément, à 77 et 87 m de profondeur, la température a atteint des maxima avoisinant les 18 °C, alors que l'état moyen est de l'ordre de 13 °C !

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Données collectées par l'instrument Modis du satellite Terra. Les fausses couleurs permettent d'observer le courant du Gulf Stream le long de la côte est des États-Unis. Les couleurs indiquent la température de l'océan, avec du plus froid vers le plus chaud : violet, bleu, turquoise, vert-jaune, orange et rouge. Les parties noires délimitent les zones où il manque des données. © Donna Thomas/Modis Ocean Group Nasa/GSFC SST product by R. Evans et al., U. Miami

L'augmentation de température sur le plateau continental, en septembre 2011, s'explique par la déviation du Gulf Stream. Les masses d'eau chaude ont nettement dérivé vers le nord. Le phénomène a été de courte durée : il n'a duré que quelques semaines. En décembre 2011, le Gulf Stream s'est recentré par rapport à son état moyen. Pourtant, la température de l'océan n'a pas diminué. De larges méandres, conséquences du changement de direction du courant, se sont formés au bord du plateau continental.

Dérive du Gulf Stream : quelles conséquences ?

Si la raison de la dérive du Gulf Stream n'est pas connue, les hypothèses sur les conséquences se bousculent. L'océan Atlantique module le climat continental européen et influence le climat mondial. Les conditions atmosphériques de l'hiver 2011-2012 ont été particulièrement inhabituelles. Des anomalies de température atmosphérique positives ont été enregistrées dans le nord-est et centre des États-Unis. L'équipe du WHOI suggère que la configuration du Gulf Stream en automne pourrait avoir modifié les conditions atmosphériques de l'hiver.

Le nord-est de l'Atlantique est une zone halieutique dense. Des études antérieures ont montré, par exemple, qu'une augmentation de 2 °C dans l'océan provoque des mutations majeures chez les merlus argentés, l'un des poissons les plus pêchés dans cette zone. Au printemps 2012, le tassergal migrateur et le bar rayé ont été observés plus tôt que le veut l'usage. Néanmoins, le temps de réponse de l'océan aux anomalies étant plus lent que dans l'atmosphère, il est encore trop tôt pour quantifier les impacts directs de la dérive du Gulf Stream.

Glen Gawarkiewicz, chercheur au WHOI, suggère que l’ouragan Irène pourrait avoir eu une influence sur la déviation de la trajectoire du Gulf Stream. La dérive peut-elle être liée au dérèglement climatique global ? Le seul moyen pour les scientifiques d’étayer leurs théories est d’augmenter le nombre de données océanographiques in situ. Le projet DeepWater prévu par le Planet Solar pourrait bien aider la communauté scientifique. Ce tout nouveau bateau, mis à l’eau à La Ciotat, va courant 2013 remonter le Gulf Stream, de la Floride jusqu’à l’Islande, pour étudier précisément la dynamique du courant.

Source : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/climatologie-1/d/lautomne-dernier-le-gulf-stream-a-devie-sa-trajectoire-de-200-km_42000/ - 

Par Delphine Bossy, Futura-Sciences
SFH 10-2012
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