livre

Visibles que du ciel - 4

Visibles que du ciel - 4

Nasca raptor 3doigts mini

 

1er volet : http://www.sciences-fictions-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/visibles-que-du-ciel-1.html

2ème volet : http://www.sciences-fictions-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/visibles-que-du-ciel-2.html

3ème volet : http://www.sciences-fictions-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/visibles-que-du-ciel-3.html

 

Voici le quatrième volet d'une nouvelle série d'articles compilant les données connues sur ces étranges oeuvres humaines qui ne sont pleinement visibles et admirables que du ciel, c'est à dire d'une certaine hauteur dans l'atmosphère (bien que les grandes lignes de Nazca par exemple soient même visibles de satellites). Je vais donc parler de, et montrer ces gigantesques énigmatiques oeuvres d'art pour certains, cultes aux anciens dieux venus du ciel pour d'autres, témoignages de connaissances ancestrales liées aux astres célestes et à l'agriculture pour encore d'autres... et, comme ma qualité et imagination d'écrivain d'anticipation passionné d'Histoire ancienne me le permet, au contrario d'une science frileuse qui vit de ses théories mal remises en question, je me permettrai donc quelques hypothèses, englobant, vous vous en doutez, la possibilité et même probabilité (la mémoire étant une denrée non périssable pouvant faire abstraction du temps comme de l'espace matériel) d'une grande civilisation mondiale perdue physiquement mais non spirituellement... (je rappelle que, contrairement à ce qu'affirment certains scientifiques, l'écriture n'est pas absolument nécessaire pour que certains faits soient transmis à travers les générations : les mythes et légendes transmises oralement, par dessins et signes en sont des exemples évidents, sans compter la probabilité de l'existence d'une mémoire ancestrale (via l'ADN ?) quand on met en relation (par exemple) la notion de "licorne" en liaison avec la découverte récente d'un animal préhistorique y ressemblant, contemporain de l'homme préhistorique bien avant l'invention de l'écriture...

 

Flamantrose 3doigtsCeci est considéré comme étant une représentation du dieu serpent à plumes, on remarque aussi les pattes arrières équipées de 3 doigts. Beaucoup de dessins et de poteries nazcas montrent des animaux ou mêmes des figures anthropomorphes comportant 3 doigts - chose relativement rare d'autre part dans la nature.

 

Dans ce quatrième volet, nous revenons principalement sur les fameuses lignes de Nazca, au Pérou, dont nous avions commencé un peu à parler à la fin du troisième volet (puisque des dessins de serpents ont aussi été trouvés du côté de Nazca), l'un des plus grands mystères de l'Humanité, mais nous feront aussi mention d'autres lignes et glyphes du même type, qui ont été découverts au Chili mais ceux de Bolivie par exemple, sans compter ceux de la Californie du sud et du Brésil... et du Kazakhstan ou d'Arabie Saoudite feront l'objet d'un cinquième volet)...

 

Nasca araignee

Le géoglyphe de l'araignée a été identifié comme étant la constellation d'Orion, d'après son orientation, et les lignes l'entourant comme étant les déplacement des étoiles du Bouclier d'Orion...

 

Les lignes et géoglyphes de Nasca et de Pampas de Jumana, les affirmations officielles :

" Situés dans la plaine côtière aride du Pérou, à environ 400 km au sud de Lima, les lignes et géoglyphes de Nasca et Pampas de Jumana sont l’une des zones archéologiques les plus impressionnantes au monde et un exemple extraordinaire de l’univers magico-religieux traditionnel et millénaire des anciennes sociétés préhispaniques (YH : C'est bien évidemment une interprétation moderne, dans la mesure où aucun écrit ni témoin (bien sûr) ne peut approuver ou dire le contraire...), établies sur la côte sud du Pérou entre le VIIIe siècle avant J.-C. et le VIIIe siècle après J.-C. (YH : également, aucune datation réelle ne pouvant être faite, ce n'est que par comparaison avec les types d'arts des populations Paracas et Nasca que ces datations ont été estimées, écartant le possible fait, sans réelle justification, que cet art est apparu... après la découverte de ces glyphes, à l'arrivée de ces peuples... dont l'origine n'a jamais été établie non plus !). Ils se trouvent dans les plaines désertiques du bassin du Rio Grande de Nasca ; le site archéologique couvre une superficie de 75 358,47 hectares où, pendant près de 2 000 ans sans interruption les anciens habitants de la région ont dessiné sur le sol aride une grande variété de milliers de silhouettes zoomorphiques et anthropomorphiques à grande échelle et des lignes ou des courbes d’une extraordinaire précision géométrique, transformant ce vaste territoire en un paysage culturel, social et rituel hautement symbolique qui est resté jusqu’à maintenant. Ils représentent des manifestations remarquables d’une religion commune et d’une homogénéité sociale constatée sur une très longue période. (YH : interprétation non scientifique...).

Singe 3orteils

Le géoglyphe du Singe, remarquez qu'il possède 4 doigts à un main et cinq doigts à l'autre (comme plusieurs représentations anthropomorphes sur des poteries), alors qu'il ne possède que 3 orteils aux deux pieds (notez qu'il n'existe aucun primate ou même mammifère ne possédant que trois doigts ou orteil). La queue se terminant en spirale et reliée à une longue ligne reliant un autre glyphe pourrait être un lieu de cérémonies.

 

C’est le groupe de géoglyphes le plus exceptionnel qui soit au monde et qui est incomparable par son étendue, son ampleur, sa quantité, sa taille, sa diversité et sa tradition ancestrale sans aucun équivalent au monde. La concentration et la juxtaposition des lignes, ainsi que leur continuité culturelle, démontrent que c’était une activité importante qui s’est déroulée sur une longue période, environ un millier d’années. Une étude intensive des géoglyphes et leur comparaison avec d’autres expressions de formes d’art qui leur sont contemporaines incitent à les diviser chronologiquement de la période intermédiaire tardive (500 avant J.-C.–200 après J.-C.) à la période de développement régional (200–500 après J.-C.), en mettant en lumière la phase de Paracas (400-200 avant J.-C.) et la phase de Nasca (200 avant J.-C.–500 après J.-C.). (YH : Comme déjà dit, ces datations (avec utilisation d'ailleurs en ce qui concerne de l'organique, de calibrations mauvaises du carbone 14, et datant d'avant les nouvelles calibrations) ne sont interprétées que d'après des comparaisons d'arts (céramiques, tissus, etc) reproduisant certains glyphes... ce qui ne prouve absolument pas les origines des premiers glyphes, attribués aux Paracas donc par défaut, mais dont l'art a pu juste être inspiré par leur découverte à leur arrivée sur les lieux...). Il y a deux catégories de glyphes : le premier groupe est figuratif et représente de façon schématique une grande variété de formes naturelles ; beaucoup sont des animaux, des oiseaux, des insectes et d’autres créatures vivantes, des fleurs, des plantes et des arbres, des silhouettes déformées ou des représentations fantastiques (YH : ou considérées comme telles par les archéologues...), et des objets de la vie quotidienne. On trouve très peu de formes anthropomorphiques. Le second groupe comprend des lignes qui sont en général droites et sillonnent certaines parties de la pampa dans toutes les directions. Certaines font plusieurs kilomètres de long et forment les contours de nombreuses figures géométriques diverses et variées : triangles, spirales, rectangles, courbes, etc. D’autres lignes rayonnent à partir d’un promontoire central ou l’encerclent. Puis un autre groupe est composé de « pistes » qui semblent avoir été destinées à guider un grand nombre de peuples ".

Nacsa dinosaure

Ce géoglyphe de Nazca ressemble beaucoup à un petit dinosaure connu comme un raptor... il avait en effet des petits bras au niveau de la poitrine et possédait 3 doigts et griffes aux pattes avant et arrières... certains pensent qu'il s'agit plutôt d'un oiseau... le condor possédant en effet 3 doigts à ses deux pattes (les deux autres étant cachés, comme plusieurs oiseaux, dans les replis de la peau à l'arrière)

 

Ce document, qui sert de référence scientifique à beaucoup d'auteurs, chercheurs et archéologues, prouve que toutes les datations ont été effectuées à l'aide de diverses poteries trouvées sur les lieux (et à l'aide du carbone 14 non calibré comme c'est mentionné !)... il y est d'ailleurs mentionné que ce n'est ni facile, ni évident, car les lignes peuvent bien sûr être plus vieilles ou plus jeunes selon l'époque des rituels pratiqués avec ces poteries... Des fouilles ont également été effectuées, tant en surface qu'en profondeur, sur certaines lignes (voir schémas), " Apparent ages of about 12 000 years ago for 60-80mm below the undisturbed desert surface, and an age of about 5300 years ago for the uppermost desert surface below a stone line, clearly indicate that the upper desert surfaces contain grains that were either derived from partially zeroed rock fragments breaking down at the desert surface and then moving downward, or the slow reworking of fully-zeroed grains downward into the surface. Traduction : " Des âges apparents d'environ 12 000 ans pour les 60-80 mm en-dessous de la surface non perturbée du désert, et un âge d'environ 5300 ans pour la surface supérieure du désert situé sous une pierre, indiquent clairement que les surfaces supérieures du désert contiennent des grains qui ont soit dérivés à partir de fragments de roche partiellement érodés, se décomposant à la surface du désert, puis se déplaçant vers le bas, ou par un lent retraitement des grains complètement érodés déplacés sous la surface ". Mais les archéologues préfèrent les datations des poteries du même document car elles se rapportent au moins à des cultures connues (Paracas et Nazca)... Mais il y a aussi le problème qu'il existe des glyphes séparés de ceux de Nazca (Sacramento et Palpa) et que les datations des poteries sont différentes... Mais il en ressort donc, du côté des poteries, que les lignes ont été utilisées (pas fabriquées !) entre 800 Avant JC et jusqu'à la période Inca (1000-1476 Après JC)... et en partant des types de poteries et dessins trouvés dessus (dont des représentations des glyphes), il a été convenu que les lignes et dessins avaient été établis entre -100 et + 650, avec une majorité faite entre +400 et +650... Notons que des datations de fragments de bois (de piquets servant à tracer certaines lignes ?) découverts sur les lieux impliquent à peu près les mêmes datations...

Nascadatationsnascadatations.pdf (389.43 Ko)

 

" La terrasse alluviale du pléistocène, actuellement avec une activité de l’eau sporadique (seulement pendant le phénomène El Niño/Oscillation australe-ENSO) et le faible taux de précipitations (taux le plus faible du monde) déterminent les caractéristiques du climat de désert et d’extrême aridité (YH : qu'on retrouve dans le désert voisin d'Atacama au Chili) qui ont favorisé la conservation des lignes et des géoglyphes de Nasca et Pampas de Jumana. De même, l’activité humaine dommageable n’a eu aucun effet néfaste sur le bien, de sorte que les géoglyphes et le paysage culturel sont restés intacts durant près de deux millénaires, depuis leur création au VIIIe siècle avant J.-C. jusqu’à nos jours. Les travaux de nettoyage et de conservation réalisés n’ont pas affecté l’intégrité du bien et en ont favorisé la conservation. "

 

Mirador presarbre

Le géoglyphe assez mystérieux de l'Arbre, à côté du mirador bordant la route Panaméricaine...

 

" La construction de l’autoroute panaméricaine sud qui traverse directement le bien, a abimé par endroits certaines lignes et silhouettes. Mais, dans l’ensemble, elles sont en bon état.

L’authenticité des Lignes et géoglyphes de Nasca et Pampas de Jumana est indiscutable. Leur méthode de formation qui consistait à enlever les couches supérieures de graviers assombries par les intempéries afin de mettre à la surface des couches rocheuses plus claires est telle que leur authenticité est assurée. La création, la conception, la morphologie, la taille et la variété des géoglyphes et des lignes correspondent aux conceptions originales produites durant l’évolution historique de la région et sont demeurées inchangées. L’idéologie, le symbolisme et le caractère sacré et rituel des géoglyphes et du paysage sont clairement représentés et leur signification reste intacte aujourd’hui encore. (YH : ? Cette affirmation est assez étonnante car les archéologues n'ont jamais dit qu'ils avaient trouvé et compris la signification réelle de ces géoglyphes... Il s'agit donc d'une interprétation douteuse et "orientée", "rassurante" quant à notre propre interprétation de notre civilisation moderne... En fait, les Paracas ont peut-être découvert les premiers glyphes, créés par les anciens chasseurs-cueilleurs probablement, présents depuis 20000 ans environ d'après les traces trouvées (y compris dans le désert d'Atacama au Chili), et en ont tiré une partie de leur art, avant de continuer cette pratique, qui a ensuite été reprise par les Nascans (qui sont en fait des Paracas qui ont conquis de nouveaux espaces), qui ont également adapté cet art au leur, comme cela est mentionné... et il est probable que les Huaris et les Incas aient procédé donc de même encore plus tard, pour les entretenir aussi...). 

Nazca cosmonaute

Contrairement à beaucoup d'autres, le géoglyphe du Cosmonaute n'a pas été créé à plat mais sur le flan d'une colline de forme pyramidale, ce qui contredit pour certains l'utilisation pour celui-ci des classiques poteaux de bois et des cordes utilisés par les anciens pour tracer des lignes, ainsi que le traçage des géoglyphes en s'aidant des sommets des quelques collines de la région. D'une facture plus grossière et ancienne, il est possible que, comme quelques autres, cette figure ait été faite par les Paracas et non par les Nazca...

 

La concentration et le chevauchement des lignes et des silhouettes témoignent clairement d’une longue et intense activité sur le territoire, reflet de la tradition magico-religieuse millénaire de cette activité dans les sociétés préhispaniques et de la continuité historique dans le bassin fluvial du Rio Grande de Nasca. Le bien montre également différents stades de l’évolution sociale. Plusieurs recherches et sources historiques confirment l’originalité du bien et son paysage alentour original qui a toujours été préservé et gardé intact. " (YH : Ce texte est un extrait de la présentation officielle de l'UNESCO (qui parle de -800 à + 500 pour leur conception)... Et oui, ceci confirme l'entretien probable effectué par les Incas, qui en ont d'ailleurs peut-être ajoutés quelques-uns vers 1470 d'après certains archéologues et poteries trouvées... les interprétations sont donc variables et adaptables selon la science moderne et les divers archéologues... ^^).

En fait, en étudiant l'histoire des découvertes archéologiques de la région, on s'aperçoit que la séparation entre les civilisations Paracas et Nasca est assez artificielle (on ignore d'ailleurs le véritable nom de ce ou ces peuples, leur origine et même les réelles raisons de leur disparition !). C'est l'archéologue et collectionneur allemand Max Uhle qui, parmi les premiers, s'intéresse aux très belles poteries découvertes par les huaqueros de la région, sans en connaître la provenance, entre 1880 et 1901, date à laquelle il repairera enfin les lieux et sera le premier à en excaver des cimetières de l'Hacienda Ocucaje​, dans la vallée de Ica. 

Nasca baleine

Le géoglyphe de la Sirène ou de la Baleine selon les auteurs ! Il y a plusieurs interprétations au sujet de ce grand dessin : une baleine ou cachalot (ayant un peu trop d'ailerons) éjecterait de l'eau par son évent, ou il s'agirait d'une sirène, mi-poisson, mi-humain. Une étude et des zooms laisse envisager la possibilité qu'un être ayant une grosse tête et des gros yeux, sans oreilles ni menton (ça peut rappeler une sorte d'alien pour certains, ou des pétroglyphes trouvés plus au sud du Pérou !) ait d'abord été dessiné (on peut même distinguer des jambes en bas), puis a été en partie recouvert par le dessin d'un poisson... Seule une étude sur place pourrait révéler la nature réelle de ce dessin assez étonnant, qui contredit d'ailleurs un peu les autres, qui ne sont faits que d'une seule ligne qui ne se recoupe jamais... (Photo Servicio Aerofotografico Nacional del Peru)

 

La découverte des lignes et géoglyphes de Nasca est mentionnée de diverses façons selon les auteurs : Selon certains écrits, des conquistadores espagnols du 16ème siècle parleraient déjà de formes étranges tracées sur le sol. En effet, la première mention écrite connue des géoglyphes se trouve dans le livre Chronique de Pérou du conquistador Pedro Cieza de León en 1553, mais ce dernier en parle comme des traces de pistes. D'après plusieurs publications, ce serait en 1924, lors du premier vol aérien commercial survolant la région de Nazca qu'on aurait parlé des lignes pour la première fois dans les temps modernes. D'après les recherches de publications, il se pourrait bien que ce soit l'éthnologue américain Alfred Louis Kroeber, lors de son expédition de 1926, qui fut le premier à prendre les lignes de Nazca en photo et à en parler, puisque le livre The archaeology and pottery of Nazca, Peru : Alfred L. Kroeber's 1926 expedition /​ Alfred L. Kroeber and Donald Collier qui lui est consacré en parle au chapitre 3 et montre des photos des lignes de 1926. On sait aussi qu'en 1927, l'archéologue  péruvien Toribio Mejia Xesspe, (le disciple du célèbre archéologue doctor Julio C. Tello avec lequel il découvrit la civilisation de Paracas), qui explorait alors la vallée de la « Rivière Nazca », confirme par écrit leur existence, en grimpant en haut d'une haute colline, ou l'un des tumuli bordant plusieurs géoglyphes. Il est en tout cas le premier à parler des lignes de Nasca comme des «caminos ceremoniales». En 1929, l'ingénieur écossais Duncan Masson, ayant remarqué à plusieurs kilomètres des premières découvertes d'étranges sillons dans le sol, loue un avion et découvre encore d'autres géoglyphes et lignes...

 

Nazca poterie1

Voici une céramique classique de Nazca, visible au Musée national d'archéologie de Lima. Une poterie montrant manifestement des serpents en grand nombre... mais regardez aussi la petite poterie juste à gauche. Vous y découvrez des êtres étranges équipés de trois jambes ou trois orteils longs et pointus... mais aussi de mains aux trois doigts... photo by theboywiththethorninhissi de

Dès 1939, le professeur anthropologue américain Paul Kosok commence à étudier les lignes en les survolant d'avion, alors qu'il s'intéressait aux réseaux d'aqueducs anciens également visibles dans la région. Il suppose d'ailleurs que ces dessins et lignes sont liés à ces réseaux d'irrigation très sophistiqués attribués aux Nazcans mais change d'avis le 22 juin 1941, quand il admire un coucher de soleil pile dans l'alignement d'une ligne : c'est le solstice d'hiver au sud du Pérou et il déterminera que les lignes avaient une vocation astronomique en liaison probable avec l'agriculture locale.

En 1945, la mathématicienne Maria Reiche s'installe au Pérou, qu'elle ne quittera jamais plus. Elle reprend à son compte la dernière théorie de Paul Kosok (ils écriront d'ailleurs un livre ensemble) et cherche à prouver que les géoglyphes et lignes ont été créées à des fins astronomiques, comme une gigantesque carte des étoiles. Elle passera sa vie à étudier et protéger, restaurer les géoglyphes (elle en sera remerciée d'ailleurs par le gouvernement péruvien), jusqu'à sa mort en 1998. Sa dernière assistante continue d'ailleurs toujours ces travaux à l'heure actuelle. Bien que Reiche admit ne jamais avoir tiré une conclusion définitive, elle penchait fortement vers la théorie d'un calendrier astronomique. Elle pensait comme Kosok que les habitants de Nazca employaient les lignes et les figures pour mesurer les points clés de l'année solaire en vue d'une planification agricole. Lors de ses recherches, elle va révéler de nouveaux dessins et tenter d'établir un modèle de mesure. La symétrie des tracés et les proportions entre les divers éléments démontrent que les auteurs devaient posséder une forme de pensée abstraite et une méthode géométrique. Pour la confection des courbes, Mme Reiche suggéra que les auteurs recouraient à de longues cordes fixées à un piquet afin de dessiner au moyen d'une succession d'arcs circulaires de différents rayons. À la recherche de l'unité de mesure, elle remarqua la répétition de la longueur de 26 mètres. Sa suggestion est alors de suggérer 1,30 mètre comme unité de base. Cela correspond à la largeur de diverses lignes et rayons et à la mesure d'écartement des bras d'un homme, de la pointe du majeur à l'autre. Pour les plus petits tracés, l’hypothèse qu'elle a retenu est de prendre le quart de l'unité, soit 32,5 centimètres. Recensant ses découvertes et prospections, Mme Reiche publie un premier livre en 1949, Le Mystère des plaines. Ascension du soleil, solstice ou localisation d'étoiles, les lignes pouvaient être utilisées comme une sorte de calendrier qui ne se limiterait pas à reproduire les circonstances célestes, mais posséderaient un usage pratique et quotidien (festivités, récoltes). "Ces dessins géométriques donnent l'impression d'être une écriture symbolique, dans laquelle les mêmes paroles seraient écrites des fois avec des lettres géantes, et d'autres avec des lettres minuscules", affirmait Maria Reich. Selon elle, le contenu de cette écriture symbolique doit être associée au mouvement des astres. "Les êtres qui y ont vécu, il y a bien longtemps, ont laissé un document unique qui, je crois, représente un chapitre essentiel de l'évolution de l'esprit humain. Et il n'existe rien de semblable ailleurs dans le monde". Mais leur théorie est fortement remise en question par plusieurs autres chercheurs... et c'était aussi avant que des preuves établissent avec certitude que, en fait, les géoglyphes et lignes avaient été crées à au moins deux époques différentes et par sinon deux cultures différentes, au moins une culture ayant considérablement évoluée au fil du temps (Paracas devenant Nazcans) : plusieurs explications possibles donc ! De plus, d'autres découvertes assez proches dans le monde tempèrent un peu ses propos disant qu'il n'existe rien de semblable ailleurs dans le monde...

Bien qu'incomplet et n'étant jamais achevé, les travaux de Maria Reich restent la plus vaste étude des lignes : le principe est simple, l'instrument de visée est orienté entre un point et la position du lever ou du coucher d'un astre à une date donnée. L'enchevêtrement des lignes s'expliquerait donc du fait que chacune d'entre elle correspond à un point de l'horizon pour lequel on voulait déterminer la signification astronomique ainsi que sa date. Des dates précises ont ainsi été mise en évidence sur la plaine de Nasca comme le lever et le coucher du soleil lors des solstices (22 mars et 22 décembre) ainsi que lors des équinoxes (22 mars et 22 septembre). Ces dates semblent donc fixer un calendrier sur lequel apparaissent des périodes intermédiaires comme la date du 6 mai marquant le début de la récolte dans cette région des andes. La théorie de Maria Reiche explique également l'importante quantité de lignes du fait que les mesures et visées ont du être corrigées au fur et a mesure du fait de la précession des équinoxes. Il s'agit du mouvement des pôles, se déplaçant de manière circulaire suivant un cycle de 26.000 ans. Cette variation de la direction de l'axe terrestre entraîne alors le déplacement des pôles. Il en résulte une certaine "dérive" des étoiles fixes dans le ciel. Ceci est très important puisqu'il y a alors nécessité d'effectuer des corrections sur les visées astronomiques ce qui se traduit par une mise a jour de la carte... Dans un écrit plus détaillé, Maria Reiche cita, à titre d'exemple, l'écart azimutal de 68° 15' à 70° 10', expliquant que les Pléiades et le Scorpion se dressaient dans cette direction en 500-700 av. J.C. au-dessus de la latitude de Nazca. Dans cet intervalle de 68° à 70°, Reiche étaya ses conclusions en citant les mesures de plusieurs lignes ; en ce compris le côté d'un triangle, quatre lignes éparpillées et seize segments en zigzag d'une seule et même figure. Maria Reich affirmait aussi que les Nazcas procédaient, au préalable, à la construction de maquettes leur permettant, ainsi, de reproduire les figures à des échelles incroyablement plus grandes que les maquettes d'origines. Seules des traces de ces maquettes semblent avoir été découvertes par l'archéologue allemande...

En 1968, une étude menée par la Société Géographique Nationale a déterminé que certaines lignes de Nazca étaient dirigées vers des positions du soleil, de la lune et d'étoiles dans le ciel il y a deux mille ans, cela ne pouvant être dû à la seule chance (Loren McIntyre, mystère des anciennes lignes de Nazca, National Geographic (mai 1975), pp. 716-728).

En 1968 également, l'astronome Gerald Hawkins apporta sa pierre à l'édifice. En 1963 déjà, Hawkins avait fait sensation dans les milieux érudits lorsqu'il avait publié dans la revue britannique Nature une étude intitulée Soleil sur Stonehenge. Il mit sa théorie à l'épreuve en traçant des lignes entre des paires de pierres, de trous et de pieux ; il traita ensuite ces données par ordinateur. Dans un premier temps, un grand nombre de scientifiques mirent en doute ses conclusions favorables à la corrélation qui existerait entre le célèbre site construit il y a 5 000 ans de cela sur la plaine de Salisbury et l'observation des étoiles. Sa théorie finit tout de même par atteindre un certain degré d'acceptation dans les milieux scientifiques et à présent peu de spécialistes doutent encore des connaissances des bâtisseurs de Stonehenge concernant les principaux cycles du Soleil et de la Lune. Hawkins adopta la même approche pour le cas de Nazca et avec l'aide de cartographes de l'Institut péruvien de Géophysique pour l'hémisphère sud donc, il traça d'abord une carte d'une haute précision grâce à des clichés aériens. Après avoir mesuré les orientations de toutes les lignes, il soumit ces données à un programme informatique similaire à celui utilisé pour Stonehenge et compara les différents alignements aux mouvements du Soleil, de la Lune et des étoiles à l'horizon. Mais des 186 alignements potentiels choisis par Hawkins, seul un nombre très limité correspondait aux angles du Soleil et de la Lune, avec une marge maximale d'un degré de chaque côté. Le reste s'en allait à la rose des vents, bien que quelques-unes pointaient vers un amas hétéroclite de corps célestes, parmi lesquels certaines étoiles peu lumineuses... Hawkins restant convaincu que la théorie astronomique ne pouvait être acceptée que si les lignes correspondaient à un modèle précis de mouvements célestes, il conclut que les méthodes utilisées pour Stonehenge ne s'appliquaient pas au cas de Nazca. Des examens informatiques ultérieurs confirmèrent cette idée et Hawkins sonna le glas de la théorie astronomique. Après ses investigations, l'opinion la plus répandue parmi les spécialistes était que quelques lignes seulement auraient eu un rôle dans l'observation astronomique.

En 1990, Anthony Aveni admettait aussi que moins de 30% des lignes étaient alignées sur des constellations ou lever/coucher du soleil et lune, mais que cela n'expliquait donc pas les autres, (De l'ordre dans les lignes de Nazca ?, 1990)tandis qu'en 1980, Georg Petersen précisait que la théorie de Reiche n'avait pas expliqué les différentes longueurs et largeurs des lignes. Plus récemment, Johan Reinhard a noté que les montagnes environnantes ont fourni un mécanisme prêt à l'emploi et beaucoup plus pertinent pour les Nazcas à utiliser comme calendrier solaire (comme les Incas l'ont fait ailleurs) ; les lignes leur auraient ainsi été tout à fait superflues. Notons que Mme Reich pensait également que les géoglyphes représentant des animaux étaient probablement des représentations de constellations (remplaçant donc nos propres constellations et dessins anciens du ciel, notre zodiaque).

Une théorie intéressante mais difficile à prouver a été publiée par l'historien suisse des arts Henri Stierlin en 1983 : l'idée que les tracés seraient des aires de tissage géantes utilisées pour la fabrication de fils sans fin dont on tissait des habits funéraires. Ces lignes en zigzag ont été réalisées avec la même technique que le tissage des fils de trame et de chaîne des tissus mortuaires retrouvés dans les tombes de Nazca. Ces tissus ont en effet la particularité d'être tissés de fils d'un seul tenant. Or pour préparer de manière artisanale de tels fils, il faut une ligne droite du double de la longueur pour permettre le tordage puis le repliage du fil sur lui-même. Ces lignes de travail se seraient superposées de manière anarchique au fil des siècles ou selon des rituels. Cependant, cette théorie explique uniquement l'origine des lignes en zigzag. Une interprétation complémentaire fait des figures zoomorphes des sortes de totem censés protéger les morts ou des pistes associées aux rituels de parcours des tisserands pour obtenir la bénédiction des dieux pour le travail à fournir... (Henri Stierlin, Nazca, la clé du mystère, Albin Michel, 1983)

En 1987 et 1988, l'anthropologue Johan Reinhard parle de ses théories liées à l'eau dans ses livres The Nazca Lines: A New Perspective on their Origin and Meaning. Editorial Los Pinos, Lima (1988, 4th ed.) et Las Líneas de Nazca: Un Nuevo Enfoque sobre su Origen y Significado, Editorial Los Pinos, Lima (1987) : il considère que les principaux tracés mènent à des sites sacrés (sources d'eau, montagnes) où les divinités étaient invoquées pour protéger les hommes et leur bétail, pour leur apporter de l'eau, rare et importante dans cette région sèche.Plus récemment en 2004, l'archéologue allemand Markus Reindel, codirecteur du projet Nazca-Palpa Project mené depuis 1996 par une équipe internationale, la fouille de plusieurs tumuli situés à l'extrémité de géoglyphes met en évidence des plateformes maçonnées interprétées comme des autels à offrandes (probablement rattachées à un culte lié à l'eau et à la fertilité comme le suggèrent la présence de coquilles de Spondyle), les géoglyphes représentant dans ce contexte des espaces cultuels reliant les autels, des chemins parcourus lors de processions rituelles : cette théorie fait la jonction entre celles de Johan Reinhard, les théories liées au chamanisme et aux rituels-processions classiques et celle de David Johnson qui, en 1996, propose que les Nazcas avaient fortement développé l’irrigation pour pallier le manque d’eau chronique dans cette région en construisant des puits spiralés (pocios) profonds de plusieurs mètres, reliés par un réseau d’aqueducs souterrains. Ils étaient très faciles d'accès et les habitants actuels s'en servent encore. Les figures et lignes serviraient de repères pour retrouver les résurgences et sources alimentant ce réseau parfaitement visible et encore utilisé et entretenu de nos jours. Mais ces aqueducs ne peuvent pas non plus expliquer toutes les lignes... « La question, dit l'hydrologue Stephen Mabee, est de savoir si le lien est significatif ou si c'est du pur hasard. Nous ne disons pas que toutes les lignes de Nazca ont un lien avec l'eau. Nous croyons simplement qu'elles étaient utilisées pour différents usages ». (Markus Reindel, Johny Isla Cuadrado,Karsten Lambers, « Archäologisches Projekt “Paracas in Palpa”, Peru. Ausgrabungen und Forschungen », in SLSA-Jahresbericht 2004, 2005, p. 25–44)

D'ailleurs, à ce jour, aucune théorie scientifique n'a encore pu expliquer l'ensemble des géoglyphes et lignes de Nazca et de Pampa... encore moins ceux visibles du côté de la presqu'ile de Paracas ou au Chili et Bolivie... et c'est la raison pur laquelle d'autres théories sont venues tenter de "boucher le trou" laissé par la science "cartésienne" qui, il faut bien le reconnaître, annonce très souvent des découvertes majeures... qu'elle renie par la suite pour d'autres découvertes, sautant ainsi d'explications en explications sans trouver une certitude pourtant chère au genre humain...

Des théories multiples... : L'archéologue H. Horkheimer, publie en 1947 une étude assez poussée considérant les trapèzes comme des lieux de rassemblement pour les réunions sacrées du culte des morts et que les danses sacrées qui étaient pratiquées pourraient être également liées à l'adoration des morts. (Hans Horkheimer, Las plazoletas, rayas y figuras prehispanicas de las pampas del rio Grande, Trujillo, 1947. WAISBARD (1977 : 297-298-342.)

George Hunt Williamson consacrait à Nazca un chapitre intitulé Balises pour les dieux dans son livre une route dans le ciel publié en 1959. Il est le premier, avant Erich von Däniken (qui reprend l'idée en 1968 dans son livre Chariots des Dieux) à dire que les lignes sont comme des pistes d'atterrissage pour les visiteurs de l'espace... cette théorie des pistes d'atterrissage pour engins extra-terrestres fit évidemment beaucoup de bruit, mais le fait que les lignes (certaines de quelques mètres et d'autres de 100 m de large), faites de sable vu que les pierres avaient été enlevées, n'offraient aucune solidité pour un atterrissage quelconque d'engins (certes "conventionnels" !), et aussi le manque de cohérence d'un tel "aéroport" ne convainquit réellement personne...

Dans le début des années 1970, Tony Morrison, un réalisateur anglais, découvre les travaux de Alfred Métraux qui en 1934 déjà avait décrit les chemins tracés par les Indiens chipayas de Bolivie qui avaient bâti plusieurs petits lieux de culte éparpillés sur de longs axes à des distances allant parfois jusqu'à quinze kilomètres d'un village. Métraux fut principalement impressionné par les lignes droites ou chemins traversant la végétation et convergeant, comme les rayons d'une roue, vers des lieux de culte retirés. Morrison mena une expédition en Bolivie où il fut surpris de voir des lignes s'étirer sur plus de trente kilomètres aux abords des versants de Sajama, une des plus hautes montagnes de Bolivie. Il finit par atteindre le village de Sajama, culminant à 4 250 mètres. Là aussi, il trouva des chemins rectilignes qui pointaient à tous vents, souvent reliant des temples à de petits villages. Certes, ces lignes étaient fort différentes de celles de Nazca dans leur conception, il n'en reste pas moins que le travail de Morrison a attiré l'attention sur l'éventualité de l'aspect cérémoniel plutôt qu'astronomique des lignes de Nazca. (Tony Morrison, Des chemins vers les dieux).

Après avoir survolé les géoglyphes en 1975, l'Américain Jim Woodman, fondateur d'Air Florida et l'aérostier anglais Julian Nott découvrent des dessins étranges sur des poteries nascas (beaucoup n'ont en fait reçu aucune explication), représentant pour eux une

Lire la suite

Pérou : Les pierres d'Ica, historique complet

Pérou : Les pierres d'Ica, historique complet

Icastone 3fingers

Une pierre d'Ica montrant un animal (crapaud ou grenouille, mais les yeux ni les pattes arrières n'y ressemblent pas ?) possédant quatre pattes avec trois doigts

 

Les pierres gravées d'Ica sont classifiées de diverses façons selon les chercheurs et surtout entre ceux qui refusent de remettre en question des faits établis par la science, en oubliant que des choses très établies à une période peuvent être complétées et même annulées par d'autres découvertes (ce qui se produit très régulièrement car la science est composée essentiellement de théories non figées à 100%, souvent incomplètes ou valables temporairement) et ceux qui ont l'esprit plus ouvert et pour lesquels aucune preuve ne peut réellement figer une science ou une connaissance, dans la mesure ou les lois universelles ne sont pas obligatoirement figées dans le temps et peuvent se modifier. Et aussi le fait que toutes les théories ne peuvent imaginer ou prouver qu'une autre réalité (prouvée des années plus tard) ne rentre pas en conflit avec ces mêmes théories prouvées donc temporairement. Le meilleur exemple est le changement presque radical actuel de la position de la science officielle sur la probabilité de l'existence de civilisations extra-terrestres assez nombreuses dans l'univers, mais aussi pour un autre exemple très récent sur l'acceptation récente de la science sur l'étude mesurable de la possibilité de la survie de la conscience après la mort du corps. Et j'en rajoute une couche quand on entend de très sérieux physiciens diplômés théoriser sur la possibilité que notre univers ne soit en fait qu'une énorme simulation informatique (presque un jeu vidéo !) d'un ancienne civilisation extra-terrestre qui recrée ainsi artificiellement son histoire et ses ancêtres (nous !)... et cette théorie est émise par de très sérieux scientifiques qui, en étudiant les collisions de particules (à l'aide de très puissants ordinateurs-machines à calculer), affirment y découvrir des codes et même des "bugs" mathématiques proches de ce qu'on peut voir dans nos propres codes informatiques...

Bon, je ne cautionne pas spécialement une hypothèse ou un "clan" par rapport à un autre, mais je pense au moins que, pour l'Histoire, ces données font partie des choses à conserver, connaître et compiler éventuellement avec d'autres données... car c'est aussi comme ça que la science peut avancer, non seulement par des comparaisons de données diverses, mais aussi justement par le mélange de plusieurs sciences et connaissances - les nôtres étant probablement trop "cloisonnées" ou "spécialisées" pour appréhender finement certaines réalités, qui nous échappent donc... 

Nous allons donc commencer par l'historique de ces découvertes (rapidement car il y a eu des livres entiers déjà sur le sujet !), puis la visualisation de certaines de ces pierres, et nous discuterons de certaines hypothèses et contre-hypothèses avant d'en formuler d'autres, sans fermer la porte à toute idée, car c'est obligatoirement improductif et même obscurantiste en final...

Comme je l'ai dit, un nombre considérable d'auteurs ont écrit sur cette histoire, et les divers historiques ne sont pas tous semblables (surtout selon la tendance affichée de certains auteurs, qu'on ne peut qualifier de très objectifs d'ailleurs, d'un côté comme de l'autre), surtout sur certaines dates ou certains apports ignorés ou effacés selon... Voici la chronologie que j'ai pu établir par comparaisons et vérifications, ceci étant un historique pouvant d'ailleurs être complété ou tronqué car il est impossible de tout lire et tout connaître sur cette longue affaire. Je reste de toute façon ouvert pour ma part pour toute précision étayée (bien sûr) et données supplémentaires, éclaircissements...

L'un des historiques a été établi précédemment par Philip Coppins (http://www.philipcoppens.com/jurassiclibrary.html), qui est un archéologue diplômé (je suis d'accord avec l'affirmation disant qu'un diplôme n'a qu'une valeur provisoire si on considère la réalité de la mémoire humaine, mais la mention est aussi une forme de reconnaissance) et reconnu, je m'en servirai donc, avec des historiques de chercheurs locaux de préférence en comparaison et ajouts de données, mais aussi mes propres recherches...

Pedro simon

Fray Pedro Simon (1574-1628 (assassiné))

 

La première mention des pierres proviendrait d'un prêtre espagnol voyageant dans la région d'Ica vers les années 1610. Le Père Simon (Fray Pedro Simon), missionnaire jésuite (franciscain pour être plus précis), nota son étonnement en voyant certaines pierres gravées. Ce moine très érudit écrira 5 volumes sur l'Histoire de la conquête espagnole de l'Amérique Latine, dès les années 1610 donc, et on a retrouvé des éditions de ces volumes nommés "Noticias Historiales" datés de 1626-1627 en Espagne, puis d'autres rééditions du 19ème siècle. C'est surtout dans les volumes 4 et 5 (où il parle du Pérou) que l'on retrouve des références aux pierres, car il y décrit bien des voyages le long des côtes péruviennes et la mention du peuple de Ocucaje (proche d'Ica, créée en 1563 et nommée d'abord Villa de Valverde), ainsi que la mention de pierres inédites. Il est assez probable que ce moine ait relevé et noté des données transmises par les anciens conquistadors et des prêtres précédents, car il a été principalement affecté à Grenade, en Colombie et au Venezuela.

Noticiashistorialesv01 1565 1627pub

Inédites car il les mentionne (alors que des pierres ou plaques gravées ne sont pas rares au Pérou) en faisant des suppositions. On peut supposer que ce religieux aurait bien connu le haut lieu secret de Ocucaje. En voulant peut-être même l'inventorier en partie, sans en révéler son existence et le sens. Car le zèle pieux extrême pratiqué par les clercs du Moyen Age, dont il avait la réputation, ne pouvait qu'interpoler le message des Prédécesseurs Superieurs visible sur quelques pierres gravées représentant le péché originel, la Nativité, la fuite en Egypte et la Passion de Jésus... Le moine parle en effet (évidemment) de pierres montrant des idoles et des démons, des monstres et le diable visibles sur ces pierres...

(http://lecturapiedrasdeica.blogspot.fr/2009_01_01_archive.html)

(https://archive.org/details/tierrafirmeindias04simbrich)

(https://archive.org/details/tierrafirmeindias05simbrich)

Noticiashistorialesv04 1565

En 1562, des explorateurs espagnols auraient envoyé des pierres en Espagne, pour le Trésor Royal. C'est peut-être l'une de ces pierres du 16ème siècle qui sera montrée au 20ème siècle par la Reine d'Espagne.

 

Le chroniqueur indien, Juan de Santa Cruz Pachacuti Yamqui Salcamayhua, écrivait en 1613 ((ou entre 1620-1630 selon les auteurs) dans son oeuvre Relación de las antigüedades deste Reyno del Piru), que beaucoup de pierres sculptées avaient été trouvées au temps de l'Inca Pachacutec (1438-1478) dans le royaume de Chincha, vers Chimchayunga, des pierres qui ont été appelées "Manco". Chinchayunga était connu comme le bas pays de la côte centrale du Pérou, où se trouve Ica aujourd'hui. En fait, il y a dans son livre un dessin de son interprétation de la cosmologie inca (avec le dieu Viracocha en haut à gauche) sur lequel apparaîtrait possiblement une pierre d'Ica (en haut à droite), mais aussi une sorte de dieu reptile-dinosaurien (à droite), qui était à l'origine une image du Temple du Soleil Qurikancha à Cusco (détruit par les Espagnols). Voir ce dessin ci-dessous :

Santa cruz pachacuti yamqui es

 

Notez bien que, étant donné la période historique et les personnalités de ces deux auteurs, il est difficile d'être certain à 100% qu'ils parlaient bien des galets semblables à ceux encore découverts actuellement dans des couches géologiques anciennes ou des tombes (selon un reportage récent notamment). Mais le prêtre a bien fait la distinction entre des murs gravés et des pierres gravées, et ces dernières l'ont suffisamment troublées pour qu'il parle de démons, d'idolatrerie et de monstres, ce qui est assez logique pour un franciscain de cette époque, alors que le second, un indien de la noblesse inca érudite a été un peu plus précis encore, avec même un dessin qui offre assez peu de doutes sur une correspondance d'avec un galet gravé de la région d'Ica (même si la cité d'Ica est relativement récente historiquement, la région a été habitée par les Paracas, les Nazcas et des tribus indiennes depuis 2800 ans minimum... et on a aussi trouvé des preuves d'activités préhistoriques humaines remontant à -12800 ans au Pérou... les chasseurs-cueilleurs étant nomades, on peut imaginer qu'ils ont visité et campé sur beaucoup d'endroits...

Le père de Javier Cabrera, Dom Pedro, avait neuf ans environ en 1906, quand il accompagna son père à l'extérieur d'Ica et le vit découvrir trois ou quatre pierres dans des tombes. Le grand-père de Javier Cabrera, comme beaucoup d'autres riches péruviens, possédait une vaste collection d'artefacts précolombiens. Les trois ou quatre pierres gravées ont été volées ou perdues longtemps avant la naissance de Javier Cabrera en 1926.

En 1909, l'archéologue Carlos Belli, en collaboration avec certains Huaqueros (pilleurs de huacos) (le fait est attesté par son propre fils), a mené une longue série d'enquêtes dans la vallée de Nazca et Ica River et y fait de nombreuses découvertes, dont des galets gravés. Il les entrepose dans sa propre maison, qui deviendra en 1940 le Museo Arqueológico Carlos Belli, où plusieurs pierres y seront longtemps visibles.

En 1936, des paysans labourant les champs à l'extérieur d'Ica, à Salas, ont découvert une seule pierre. Les autorités ont alors attribué les pierres gravées aux Incas parce que la prépondérance des céramiques, des textiles et des momies était associée aux Incas dans la région de Salas.

En 1941, l'archéologue José Tello (spécialiste de Chavin avec des fouilles entre 1919 et 1940) découvre dans une tombe un vase en pierre montrant un animal étrange gravé dessus.

A partir de 1955, les frères Carlos et Pablo Soldi commencent à collectionner 114 pierres qui seront plus tard données au Musée régional d'Ica.

Soldi stone

L'une des rares photos d'un galet trouvé par les frères Soldi et offerte au musée régional d'Ica (qui ont disparues ?) ce galet gravé n'est pas très semblable à ceux du musée Cabrera - (Crédit A. Veciana)

En 1960, un embaumeur du désert Ocucaje met en garde contre les pierres (dans un article de journal local).

En 1961, le Professeur Alejandro Pezzia, conservateur du Assereto Ica Museum, a écrit les lignes suivantes dans un livre publié en 1968 (Ica y el Perú Precolombino, Tomo I “Arqueología de la provincia de Ica") : " Dans la vallée d'Ica, en 1961, font leur apparition sur le marché un grand nombre de pierres gravées qui se manifestent en tant que nouveaux vestiges artistiques élaborés par les artistes iqueños précolombiens. Il est intéressant de noter que les pierres dont nous avons parlé ont intrigué les archéologues, car elles ont fait leur première apparition en 1960. Elles se trouvent notamment dans les dépôts cachés sous les pentes des collines des haciendas Ocucaje et Callando, dans la vallée de la rivière Ica (à l'entrée de la voie ferrée) ". " Les Pierres, dit Pezzia, avec des motifs anthropomorphes composés de visages humains et d'autres plus compliqués; des exemplaires décorés de motifs ichtyomorphes (poissons), d'autres pierres avec des motifs de serpents dans une technique réaliste. Les autres échantillons correspondent à des représentations classiques de lézards, crapauds, des quadrupèdes, des perroquets, des insectes et de multiples figures. De nombreux modèles sont adaptés à de grandes analogies avec les styles des cultures Paracas, Nasca et Ica Tiwanaku, en particulier les motifs de poissons, de serpents, de perroquets et d'insectes. ". Et Pezzia mentionne cinq collections privées de pierres gravées extraites du désert de Ocucaje, parmi lesquelles celle du Dr Cabrera, avec plus de 1500 exemplaires déjà en 1968...

AlejandroPezzia-1968

Le livre de Alejandro Pezzia montrant le vase découvert en 1941 par l'archéologue José Tello et la description de la découverte d'une tombe contenant une authentique pierre d'Ica... (tombe identifiée comme étant Paracas, 800 Av. JC).

 

Entre la fin des années 1950 et 1961, le Professeur Santiago Agurto Calvo, recteur de l'Université nationale d'ingénierie fait des fouilles dans Ocucaje et dans quelques tombes précolombiennes sont découvertes de nombreuses pierres gravées dont il commence à faire la collecte. Il poursuit ses explorations dans le secteur de Toma Luz de l'hacienda Callando dans la vallée d'Ica. En 1966Santiago Agurto Calvo a publié un article sur sa propre collection personnelle dans le journal El Comercio, intitulé "Les pierres magiques de Ocucaje" (1966), qui détaille un rapport commandé à l'Ecole des Mines de l'Université Nationale d'Ingénierie et produit par Fernando de las Casas et César Sotillo. Ceci dit : “Todas las piedras son andesitas fuertemente carbonizadas, a pesar de que por su coloración y textura externa parecen ser, entre sí, de distinta naturaleza. Las piedras proceden de capas de flujos volcánicos correspondientes a series del mesozoico característico de la zona. La acción del intemperismo ha atacado la superficie de las piedras, cambiando los feldespatos en arcilla, debilitando por tanto su grado de dureza externa y formando una especie de cáscara que rodea la parte interior. La dureza exterior corresponde en promedio al grado 3 de la escala de Mohns, llegando a ser hasta de 4 y medio grados en la parte interna no atacada por el intemperismo. Las piedras pueden ser trabajadas prácticamente con cualquier material duro como huesos, conchas, obsidiana, etc., y, naturalmente, con cualquier instrumento metálico prehispánico” : (traduction par Yves Herbo) : " Toutes les pierres sont en andésite fortement carbonisées, bien que de par leur couleur et leur texture externe, elles paraissent, par comparaison, de nature différente. Les pierres sont des couches de coulées volcaniques correspondant à l'ère Mésozoïque caractéristique de la région. L'action de l'altération (érosion) a attaqué la surface des pierres, changeant les feldspaths en argile, affaiblissant ainsi le degré de dureté externe et formant une sorte de coquille entourant la partie intérieure. La dureté moyenne extérieure correspond au grade 3 de l'échelle de Mohns, devenant jusqu'à 4 degrés et demi à l'intérieur non attaqué par les intempéries. Les pierres peuvent être travaillées pratiquement avec tous les matériaux durs tels que des os, des coquillages, de l'obsidienne, etc., et naturellement avec tout instrument métallique préhispanique. Après plusieurs tentatives infructueuses, c'est le 20 Août de cette année (1966) que j'ai eu la chance de trouver une pierre sculptée dans une tombe du cimetière pré-hispanique appelé Tornaluz à l'Hacienda Cayango, département de Ica. Le cimetière, situé dans un site archéologique fouillé abondamment, avait été récemment découvert et semble être une petite partie d'un grand complexe nécrologique. Le tombeau de référence est au sommet, orientée nord-sud le long de son axe longitudinal. En creusant la tombe ont été trouvés, comme le montre le croquis, des restes humains, des céramiques et dans l'une de celles-ci, une pierre sculptéeLes céramiques trouvées ont la forme, la couleur et la décoration caractéristique de la culture Huari-Tiahuanaco qui a existé dans le département d'Ica, de sorte que l'origine des pièces ne cause pas de doute et qu'on peut estimer leur âge, à environ six cents à neuf cent ans. ". Mais la pierre gravée, non datable, a pu être découverte a cette époque et mise dans la céramique, bien que sans lien avec cette culture, évidemment... " La pierre est un petit rocher aplati, de 5,5 x 4 x 2 cm, d'une texture brune et légèrement rugueuse. D'un côté est un oiseau portant un maïs et avec les ailes déployées en vol. La sculpture a été réalisée par des incisions et des coupes chanfreinées produisant l'impression d'un relief élevé. La conception est solide et sûre, magnifiquement dessinée et fait bon usage de la surface de la pierre. Informé du fait, le directeur du musée de Ica, M. Adolfo Bermudez, et le conservateur de celui-ci, l'archéologue Alejandro Pezzia étaient intéressés profondément par elle, a confirmé le classement des restes trouvés et d'accord avec moi sur la façon la plus commode pour annoncer la découverte. Le 10 Septembre, accompagné du Dr Pezzia, nous avons travaillé toute la journée dans le cimetière de Tomaluz; mais, en dépit du matériel archéologique tianuanaco abondant trouvé, nous n'avons trouvé aucune pierre sculptée. Le lendemain, nous nous sommes dirigés vers la bande du secteur de l'Hacienda Ocucaje, et choisi comme poste de travail le dénommé Cimetière Max Uhle. Là, après avoir excavé plusieurs tombes, on a trouvé dans l'une d'entre elles, dont l'excavation a été témoin le Dr Pezzia, une autre pierre gravéeLe tombeau, situé dans le fond du cimetière, à en juger par la preuve qui a été trouvé en lui, correspond à la culture Paracas qui s'est produite dans OcucajeQuant à la "pierre magique", elle est de forme ronde et oblongue et une texture semi-rugueuse. D'un côté, il est représenté une figure étoilée presque symétrique qui pourrait bien être la stylisation d'une fleur. La sculpture est probablement dessinée avec des incisions d'épaisseur et de profondeur différentes en fonction de la forme. Le design est élégant et précis, avec un raffinement dans certains détails et une bonne utilisation de la face supérieure de la pierre. Selon les éléments de preuves trouvés avec elle, la pierre correspond au Paracas-Ocucaje Caverns et l'âge est estimé entre 1500 et 2300 ansAvec cette constatation, en présence d'un archéologue éminent comme le Dr Pezzia, se ferme un chapitre de l'histoire des pierres magiques de Ocucaje et s'en ouvre un plus prometteur et intéressant ".

" Une question fondamentale, conclut l'article de Santiago Agurto Calvo : vont-elles être fausses, seront-elles authentiques ?, il a monté en moi la chance claire, de passer à d'autres questions aussi excitante que la première, mais plus difficile à répondre. Je suis sûr que les archéologues et les chercheurs du pays donneront une réponse rapide et sûre qui saura satisfaire notre curiosité et enrichir l'histoire et la culture du Pérou... ".

 

Corte pierreicatombe

coupe schématique d'une tombe préhispanique avec une pierre gravée, datation entre 1500 et 2300 ans... (Alejandro Pezzia - JJbenitez.com)

En 1965Hermann Busse de la Guerra, l'un des plus grands historiens péruviens, publie "Introduction au Pérou", où il se référe aux pierres d'Ica qu'il a examiné dans la collection Soldi, y compris au musée national d'Ica où certaines ont été exposées plusieurs décennies. Il rapporta aussi des propos des frères Soldi, qui affirmaient que les pierres qu'ils avaient trouvé au début des années 60 étaient souvent couvertes d'une couche de salpêtre, ce qui indiquait qu'elles avaient une certaine ancienneté... Dans son livre, il écrit aussi nettement que, quelques années plus tôt en 1961, une crue de la rivière Ica avait mis en évidence de nombreuses pierres précolombiennes que les paysans avaient récupéré et vendu.

Une étude fut réalisée en 1966 par deux ingénieurs, Fernando de las Casas et Cesar Sotillo, sur des pierres que Santiago Agurto Calvo avait acheté à des huaqueros en 1962. L'étude conclut que les pierres étaient d'une dureté faible permettant de les travailler avec n'importe quel outil rudimentaire en os, en obsidienne ou en métal... ce qui pouvait en faire des artefacts précolombiens, mais n'excluait pas pour autant l'hypothèse d'un canular (dans ce cas monté déjà au tout début des années 1960 par des huaqueros ?).

En 1966, une pierre gravée est offerte au médecin péruvien Javier Cabrera Darquea (descendant d'un des fondateurs de Ica), pour son 42e anniversaire par son ami, le photographe Felix Llosa Romero. Cabrera affirmera par la suite y avoir reconnu le dessin d'un poisson éteint depuis des millions d'années. 

Jusqu'ici, et selon l'avis de nombreux chercheurs, y compris des sceptiques et détracteurs, les galets gravés d'Ica sont considérés comme authentiques : ils montrent des scènes classiques des civilisations de Paracas et de Nazca, des fleurs, des animaux connus, des gravures géométriques, des déités et cultes classiques, peut-être même des descriptions de procédures médicales (il est avéré que les Nazcas pratiquaient une chirurgie élaborée, y compris des trépanations et une momification poussée des défeints). Les témoignages des archéologues et chercheurs cités au-dessus sont assez clairs à ce sujet. Les choses se gâtent quand Mr Cabrera, peut-être obsédé par cette image de "poisson préhistorique", commence à vouloir réunir le plus possible de nouvelles pierres... incitant peut-être sans le vouloir au début les huaqueros et les paysans locaux à vouloir lui faire plaisir... avec rétribution... On suppose ici que Mr Cabrera était amateur éclairé ou passionné sur la préhistoire (car comment aurait-il reconnu un poisson préhistorique sur la première pierre qu'il ait vu (ou revue si on suit le fait que son père en possédait auparavant) sinon ?) mais il semble établi qu'il est apparemment le seul au début à récupérer et collecter des pierres comportant des dessins de dinosaures (de diverses périodes et ères préhistoriques, n'ayant jamais "cohabitées ensembles", pas plus qu'avec l'être humain à priori... si il s'agit bien d'êtres humains bien sûr !)...

Description des pierres d'Ica : elles sont en andésite, une roche volcanique abondante dans la région d'Ica, qui a été analysée comme datant du Mésosoique (Le Mésozoïque est une ère géologique qui s'étend de -251 millions d'années à -65,5 millions d'années, donc sur une période de 185,5 millions d'années, et appelée anciennement Ère secondaire (ou Ère des Reptiles car c'est l'ère où apparaissent la majorité des espèces de dinosaures et des premiers mammifères)). Elles sont le plus souvent noires, mais peuvent prendre d'autres teintes (gris, jaune ou rose). Leur taille est également très variable, du galet de 20 g pour les plus petites au rocher de 500 kg pour les plus grosses. La grande majorité des pierres sont cependant de gros galets de quelques kg. Les pierres d'Ica sont le plus souvent gravées, parfois sculptées en bas-relief, dans le style des cultures précolombiennes pré-incas (Nazca, Paracas, Tiahuanaco...) et incas. Certaines pierres sont très frustres, tandis que d'autres présentent des compositions artistiques plus riches et détaillées
Elles dépeignent une grande variété de scènes, parmi lesquelles on peut ainsi observer :

- des animaux courants divers et des plantes locales ;

- des scènes de la vie courante, des cérémonies religieuses ;

- des scènes sexuelles : masturbation, homosexualité, bestialité...

Ces trois premiers types se rencontrant sur d'autres supports connus et archivés par les scientifiques (murs, poteries...), ces pierres ont été considérées comme authentiques lors de leur découvertes et semblent communes (et de peu de valeur étant donné leur nombre)...

- des technologies futuristes : des astronomes utilisant des télescopes, des chirurgiens réalisant des opérations complexes (transplantations d'organes, césariennes, opération à coeur ouvert, trépanations, études d'embryons humains ou animaux), des machines volantes... (interprétations parfois non évidentes, même si on a su et prouvé par la suite qu'en effet, les Nazca et les Incas ensuite, ont pratiqué des trépanations et possédaient des instruments chirurgicaux sophistiqués pour leur période...).

- des paysages étranges ou des cartes montrant des continents inconnus, dans lesquels certains (comme Javier Cabrera) ont reconnu d'autres planètes ou des continents perdus comme l'Atlantide et Mu ; (interprétations souvent non évidentes).

- des cartes du ciel montrant des étoiles et des astres divers ; (les connaissances et pratiques astronomiques d'une élite précolombienne sont attestées).

- des monstres imaginaires (dragons, chimères, sirènes...) ou des dinosaures ; (interprétations souvent non évidentes).

- des populations précolombiennes combattant des dinosaures et des monstres divers, ou les utilisant comme monture (interprétations souvent non évidentes).

On estime à entre environ 50000 à 60000 le nombre de pierres d'Ica présentes dans divers musées et collections (20000 dans le musée de Cabrera en final), sans compter les milliers d'autres probablement entreposées chez des particuliers locaux et dans le monde entier...

Dès 1966 donc, Javier Cabrera se procura dans un premier temps 341 nouvelles pierres d'Ica en les achetant aux frères Soldi pour la faible somme de 7000 soles péruviennes car ces collectionneurs n'arrivaient pas, de toute façon, à les revendre ou à intéresser des archéologues sur ces galets (moins de 40 euros). Puis Cabrera en acheta plusieurs milliers d'autres à des paysans de la région d'Ica, notamment à Basílio Uschuya et Irma Gutierrez de Aparcana

Entre la fin des années 1960 et les années 1980, Javier Cabrera Darquea a augmenté sa collection de plus de 11000 pièces. Les pierres d'Ica furent exposées dans un premier temps dans la Maison de la Culture d'Ica. Puis dès 1968, craignant que les pierres ne soient soustraites à la vue du public comme celles du Muséum Régional d'Ica, Javier Cabrera Darquea déplaça sa collection dans sa propre maison qu'il reconvertit en un musée consacré exclusivement aux pierres d'Ica. Cabrera contacta également des spécialistes de l'histoire précolombienne pour leur demander d'examiner les pierres d'Ica, et il attira l'attention de la presse sur leur existence dès 1967...

Cabrera mac laine daniken

Dr. Cabrera avec l'actrice américaine Shirley MacLaine (à gauche) et avec Erich von Däniken (à droite) - (Crédit photo piedrasdeica.es)

 

Suite à la parution du best-seller d'Erich von Däniken Présence des extraterrestres (plus connu sous son nom anglais : Chariots of the Gods ?) en 1968, de nombreux auteurs partisans de la théorie des anciens astronautes rédigèrent des livres sur l'existence d'un ancien contact avec les extraterrestres ; les pierres d'Ica y furent souvent mentionnées, ce qui contribua à faire connaître leur existence dans le monde entier. Il est a noter que Erich von Däniken rendit de nombreuses visites au Dr Cabrera, mais que ce dernier refusa toujours de lui révéler l'endroit précis de la découverte de ces pierres (et malgré la richesse de l'auteur et ses probables propositions financières).  En 1973, lors d'un entretien avec Basilio Uchuya, ce dernier lui avoua avoir créé lui-même les pierres qu'il avait vendu à Javier Cabrera Darquea. Il avait copié les gravures en s'inspirant de bandes dessinées, de magazines et de livres diversDäniken, pourtant au départ très favorable à l'authenticité des pierres, conclut à la fraude pour une grande partie des pierres d'Ica. L'auteur persista cependant toujours à affirmer que certaines pierres de la collection Cabrera étaient authentiques, et qu'une étude au microscope permettait de distinguer les vraies pierres (patine avec microorganismes dans les gravures) des fausses (traces d'usinage). Il fit d'ailleurs faire des analyses des pierres dans 5 laboratoires différents, qui démontrèrent à priori ce fait, grâce à la petite couche de patine présente ou non sur les gravures... Toutefois, quelques temps plus tard, Uchuya affirma au journaliste allemand Andreas Fischer que les pierres étaient authentiques. S'il avait prétendu les avoir fabriquées, c'est parce qu'il craignait d'être mis en prison pour recel d'artefacts archéologiques - les autorités péruviennes réprimant fermement le pillage de sites archéologiques.

Javier Cabrera affirmait avoir fait réaliser en 1967 une expertise d'une trentaine de ses pierres, dont certaines parmi les plus controversées, montrant des dinosaures. Elles furent examinées par le géologue Eric Wolf, qui observa que les pierres étaient recouverte d'une fine patine d'oxydation, y compris au niveau des gravures, ce qui le conduisait à penser qu'elles étaient anciennes. En outre, les gravures avaient été exécutées juste avant que les pierres n'aient été déposées dans les tombes ou les lieux archéologiques où elles avaient été découvertes... ce qui, selon Cabrera, indiquait qu'il ne s'agissait pas de simples objets d'art décoratifs mais qu'on avait cherché à les mettre à l'abri pour les transmettre à la postérité.

En 1969, une nouvelle publication archéologique intervient : un Guide de la carte archéologique et pictographique du département d'Ica est publié en 1969. Ce texte décrit comment, le 26 Octobre 1966, l'archéologue et conservateur du musée d'Ica, Mr Pezzia, a découvert une troisième pierre sculptée dans une tombe du cimetière San Evaristo, à l'Hacienda Tomaluz (région Cayango d'Ica). " La tombe, dit Pezzia, a été formée par une fosse circulaire de 1,20 m de profondeur. A 50 cm de la surface se trouvait la tête et les restes d'une momie correspondant à un enfant de sept ans, regardant vers le sud, avec des restes humains détruits par un processus de carbonisation, à l'exclusion de la mâchoire inférieure et de quelques petits os. En observant il a constaté la position assise de la momie. Dans la section précédente de la momie et au niveau de la région pectorale, est-ouest, ils ont découvert les documents suivants: La première preuve archéologique correspondait à une roche ou rocher d'andésite fortement carbonisé d'un type de forme elliptique et plat, étant décoré selon le paragraphe suivant. La pierre est noire avec des taches brunes, avec 65 millimètres de longueur, 45 de large et 20 d'épaisseur, ayant la surface inférieure non décorée, mais une surface ondulée. Le spécimen a été trouvé dans une position horizontale avec la face gravée vers le haut et à proximité de la hauteur des épaules de la momie. La décoration correspond à un «poisson» dans une technique réaliste, un corps allongé, une grosse tête, la bouche et les yeux moyens, une grande nageoire dorsale, deux petites branchies ventrales et une queue robuste et se terminant par un écoulement d'ailettes symétriques. Toutes les nageoires sont décorées par des lignes croisées. La conception occupe presque toute la surface de la pierre et est tracée sur le diamètre perpendiculaire de celle-ci. La relique se comporte comme un nouvel élément culturel de la préhistoire régionale, trouvé en association archéologique. Sans doute ces pierres gravées ont dû jouer un rôle important dans les croyances des populations isolées de la vallée d'Ica, à en juger par son symbolisme appréciable. Actuellement, ces témoignages sont investigués sur toute l'étendue des conclusions précises... ". Et le prestigieux archéologue péruvien conclut son rapport avec les mots suivants et dévastateurs: " La référence de la tombe a servi à vérifier l'authenticité des pierres gravées à l'époque du Moyen Horizon de la vallée de Ica ". A l'époque, les pierres sont, avec aucun doute, authentiques, car excavées de tombes inconnues par des scientifiques... même si ces dessins sont inconnus culturellement, il n'y a pas de doutes. C'est la notion de dinosaures associés à des humains qui transforment les pierres en impossibilité... puis faux. Mais en fait, était-ce des humains ? ou même une ère précise connue ? La vérité est probablement ailleurs qu'une simple logique...

Le Guide archéologique confirme en tout cas que :  le 20 Août 1966, l'architecte trouve une pierre gravée dans une tombe préhispanique à l'Hacienda Cayano (LCA). D'un côté, elle présente un oiseau aux ailes déployées. Âge de la tombe: entre six cents et neuf cent ans. Le 11 Septembre 1966, au Cimetière Max Uhle (LCA). Santiago Agurto Calvo et l'archéologue Alejandro Pezzia trouvent une deuxième pierre sculptée. Sur un côté un glyphe apparaît comme une étoile. Âge de la tombe: entre quinze cents et deux mille trois cents ans. Le 26 Octobre 1966, Pezzia déterre une troisième pierre gravée dans le cimetière de San Evaristo (Tomaluz, lca). La gravure représente un «poisson». Âge de la tombe: environ un millier d'années. En Octobre 1966, Alejandro Pezzia trouve une quatrième pierre gravée à cinquante mètres de la précédente, à 1,60 mètres de profondeur, dans une tombe de sable cylindro-conique avec une faible humidité. A côté des restes de deux momies est découverte une pierre presque plate gravée, du type andésite, noire, elliptique et de 66 millimètres au plus grand diamètre, 45 au plus petit diamètre et 16 mm d'épaisseur. Elle est gravée sur l'une de ses faces, avec une technique d'incision. Dans le dessin, on voit une flamme dans une conception réaliste. Cette gravure couvre toute la surface de la pierre, avec une grosse tête, des petites oreilles, un oeil elliptique, un museau rectangulaire et un cou court. Âge de la tombe: neuf cents ans.

Toujours en 1969, le 28 Janvier 1969 exactement, le professeur Trimborn et aussi le Dr. Frechen et ses assistants du laboratoire de Pétrologíe de l'Université de Bonn en Allemagne, analysent trois pierres gravées qui leur a été amenées par le géologue Eric Wolf. Trimborn, l'une des grandes autorités du monde de la culture et d'ethnologie du Pérou et de la Bolivie, analyse trois pierres gravées d'Ica et émet le jugement suivant: " ... On ne peut déterminer l'âge de la rainure, ou le moment où la gravure a été remplie. (Ces incisions sont toujours remplies par de la terre.) Nous pensons qu'il n'y a personne dans le monde qui puisse témoigner avec précision de l'âge exact de ces gravures. L'oxydation couvre efficacement la totalité de la pierre. Cependant, nous le répétons, on ne peut déterminer son âge. Cependant, ces images ou ces gravures ne sont pas récentes ".

En 1971, apparemment à nouveau sous la menace de problèmes avec les autorités péruviennes, Basilio Uchuya montra au reporter Alex Chionneti un des magazines que Cabrera lui aurait donné, qui exposait différents types de dinosaures, pour qu'il s'en serve comme source d'inspiration. Le paysan préfère directement accuser le Dr Cabrera donc, sans apporter de preuves, mais se fait payer par le journaliste pour ces infos.

En 1974, suite à deux visites au musée des pierres d'Ica en 1973, Robert Charroux discute de l'affaire d'Ica dans tout un chapitre de son livre L'Enigme des Andes, sans réellement se prononcer sur l'authenticité de toutes les pierres, il pense que " les pierres proviennent peut-être de l'un des sanctuaires secrets où les habitants de l'Atlantide ont laissé de vastes témoignages de leur civilisation avancée "...

Le célèbre journaliste du paranormal, Juan Jose Benitez, dans son livre "Existió Otra Humanidad" (1975), présente sa version des événements. Pour lui, les pierres vendues sur le marché noir étaient évidemment faites par des artisans qui essaient d'imiter les motifs et les dessins que le Dr Cabrera gardait dans son musée, et qui étaient authentiques. " Irma Acarpana, comme Uchuya et le reste des familles qui habitent Ocucaje, avait été pendant plusieurs années - éventuellement depuis 1962 - voir les pierres qui gisaient au fond du désert. Cela pourrait très bien expliquer que les motifs choisis par elle à "graver" sur les pierres déposées sur le sable de sa cour étaient si semblables, ou tentaient de paraître, de parler de certaines propriétés, à l'authentique collection d' "idéogrammes" de Javier Cabrera. En réalité, comme je l'ai confessé quelques minutes après Tito Aisa, la véritable cible de la vieille Irma, ce n'était pas exactement de vendre la pierre, mais de "protéger" ceux qui pourraient effectivement être mis en difficulté. Tito faisait allusion, bien sûr, à la police ou les archéologues officiels. La pierre à moitié gravée du dossier était la meilleure preuve qu'elle "avait travaillé" les rochers ... ". Cela se complique en effet, car les huaqueros, pour se protéger de la police, montre volontairement et facilement qu'ils font des faux (ce qui n'est pas interdit !) et ne vendent aucun vrai artefact qui pourrait les mener en prison à cause des lois sur la protection des vestiges archéologiques...

En janvier 1975, Basilio Uchuya et Irma Gutierrez de Aparcana affirmèrent donc à nouveau au journal péruvien Mundial qu'ils avaient fabriqué eux-même leurs pierres. Ils en avaient vendu principalement à Javier Cabrera Darquea, ainsi qu'à divers touristes dans une moindre mesure. De Aparcana montra aux journalistes l'endroit où elle extrayait les pierres et affirma qu'elle se dédiait entièrement à la fabrication des pierres, ce qui lui permettait d'en réaliser une vingtaine chaque semaine. Uchuya précisa quant à lui qu'il fabriquait des pierres depuis près de 10 ans mais qu'il avait arrêté d'en faire depuis quelques années déjà. Tout ceci n'expliquant pas les 11000 pierres récupérées par Cabrera en moins de 10 ans. Il détailla le processus lui permettant de produire les pierres : il brûlait les roches, les gravait avec un couteau à double lame, puis les plaçait un certain temps dans de l'argile, et il terminait son travail en les passant au cirage noire à chaussure. Enfin, Uchuya affirma que Cabrera lui-même était au courant de la supercherie. Mais il s'avéra que Mundial n'avait aucune réelle preuve de ces allégations, car les journalistes (qui avaient payé les huaqueros), malgré leurs promesses de le faire, ne publièrent aucun film de cette fabrication artificielle ni de l'endroit d'où était extrait les pierres. La seule photo fut celle de Uchuya montrant un magazine des années 1970 affichant des dinosaures...

Basilio con recorte de dinosaurios

 

En 1976, le biologiste américain Ryan Drum étudia les pierres au microscope et n'y décela aucune trace d'usinage. " j'ai étudié les roche avec un agrandissement de 30 et 60 avec un microscope électronique et je n'ai pas trouvé, dans les incisions, des traces de manipulations. Si les pierres sont authentiques, alors elles ont une valeurs inestimables ; si elles sont une blague, étant donné la masse, et la précision des détails nous devrions étudier anthropologiquement parlant son auteur...".

La même année 1976, un ingénieur de la NASA convaincu que par le passé la Terre a été visitée par des aliens, Joseph Blumrich, analysa lui aussi une pierre d'Ica et observa une patine d'oxydation recouvrant toute la pierre, y compris les gravures. " je suis resté profondément impressionné par ce que j'ai vu. Et je suis très heureux d'avoir trouvé une evidence aussi directe de ce que je crois. Je n'ai aucun doute sur l'authenticité de ces pierres ".

 

Lire la suite

Thulé et Hyperborée

Thulé et Hyperborée

Tertre anseamour mini

Le plus ancien tertre préhistorique découvert en Amérique du nord (Labrador) - 6100 ans avant JC

Un certain nombre d'auteurs de l'antiquité, parmi lesquels un grand nombre d'anciens Grecs, ont, dans leurs écrits historiques ou philosophiques, mêlés avec de vrais descriptions d'endroits connus ou découverts depuis, des détails ou des affirmations sur des endroits considérés de nos jours comme étant de la fiction, ou à base de mythes, en l'absence de toute découvertes ou preuves les concernant. Ces endroits sont néanmoins comparables à des endroits comme Troie (surtout citée par le poète Homère) ou Rungolt par exemple, qui étaient considérés jusqu'à leur réelle découverte, comme des légendes ou de la pure fiction... La science est donc beaucoup plus prudente de nos jours, surtout qu'elle a fait des progrès et sait maintenant que le niveau des eaux était beaucoup plus bas à certaines périodes, mais qu'il existe et a existé aussi un grand nombre de phénomènes catastrophiques naturels (tsunamis, lames de tempêtes (eaux ou sables d'ailleurs), météores, séismes et éruptions volcaniques, inondations fluviales, incendies et tornades dévastatrices, etc...) ou artificiels (Guerres d'élimination et de déportation principalement) qui ont été susceptibles de faire disparaître des villes entières dans le passé... Je vais en faire ici un petit résumé pour ce qui concerne les endroits cités par les Anciens et appartenant (à priori) aux régions au nord de l'Europe.

 

Thulé :

Thulé a été cité la première fois par l'explorateur Grec Pytheas (qui habitait la ville de Marseille (Massalia), créée par les grecs) dans son rapport nommé "Sur l'Océan", rapport qui est lui-même cité par d'autres auteurs grecs et romains, mais qui n'a jamais été retrouvé, probablement détruit avec la Bibliothèque d'Alexandrie. Ce rapport contenait à priori ses découvertes faites lors de ses voyages entre 330 et 320 Avant J.C.. Parmis les auteurs qui le citent, il y a le romain Strabon (350 ans après donc, vers l'an 30), qui est plus que prudent dans sa "Géographie" Livre IV La Gaule, 5, la Bretagne (les îles britanniques faisant partie de la Gaule pour Strabon et les romains de l'époque, car ce n'est qu'une région administrative créée pour convenance romaine) : " Sur l'île de Thulé, nos renseignements sont encore moins sûrs, vu l'extrême éloignement de cette contrée, qu'on nous représente comme la plus septentrionale de toutes les terres connues. On ne peut guère douter, notamment, que tout ce que Pythéas a publié de cette contrée et de celles qui l'avoisinent ne soit une pure invention, à voir comme il a parlé des contrées qui nous sont aujourd'hui familières : comme il n'a guère parlé de celles-ci, en effet, que pour mentir, ainsi que nous l'avons démontré ci-dessus, il est évident qu'il a dû mentir encore davantage en parlant des extrémités mêmes de la terre. Disons pourtant qu'il a su accommoder ses fictions avec assez de vraisemblance aux données de l'astronomie et de la géographie mathématique, [car on conçoit à la rigueur que, comme il le dit,] les peuples voisins de la zone glaciale ne connaissent, en fait de plantes et de fruits, aucune de nos espèces cultivées, qu'en fait d'animaux domestiques ils manquent absolument des uns, et ne possèdent qu'un très petit nombre des autres ; qu'ils se nourrissent de miel et de légumes, de fruits et de racines sauvages ; que ceux qui ont du blé et du miel en tirent aussi leur boisson habituelle, et que, faute de jamais jouir d'un soleil sans nuages, ils portent leur blé dans de grands bâtiments couverts pour l'y battre, les pluies et le manque de soleil les empêchant naturellement de se servir, comme nous, d'aires découvertes ".

Notons tout de même que Pytheas, contemporain d'Aristote, cherche comme lui à prouver que notre planète est une sphère, comme l'enseigne l'école de Platon, à Athènes. Les savants de l'époque ont également compris que la Terre n'a pas la même inclinaison que le Soleil. Mais ils ne peuvent imaginer qu'elle tourne sur elle-même. Ils la placent au centre d'un système astronomique où le Soleil et les étoiles tournent autour de la Terre à un rythme que l'observation permet de déterminer... 

Thule carte

Détail d'une carte du Moyen-âge 

Enrichi des connaissances du IVe siècle, Pythéas profitera de son voyage pour vérifier toutes ces théories, et rechercher aussi probablement le mythologique continent d'Hyperborée, mentionné par un autre Grec, Aristée de Proconnèse, vers 600 Avant J.C. Ce sera la première application à grande échelle de la cosmographie mathématique à la géographie... il fit d'étonnantes découvertes pour cette époque (dont l'existence des marées liées à la Lune), mais ne fut pas cru comme il est très bien expliqué dans ce très bon article : http://www.inmysteriam.fr/enigmes-historiques/340-avant-j-c-le-voyage-extraordinaire-de-pytheas.html

A vrai dire, on n'a jamais pu identifier Thulé. Certains auteurs ont avancé l'hypothèse qu'il s'agissait des îles Féroé, des Îles Lofoten et même du Groenland, Orkney ou proche (Gaius Julius Solinus au 3e siècle et Servius au 4e) ou Shetland, avec même une identification à Saaremaa dans la Mer Baltique (Lennart Meri (1976). Hõbevalge - Silver White - Tallinn: Eesti Raamat), mais compte tenu des indications de Pythéas, il s'agit plus vraisemblablement de l'Islande voire de la Norvège qui pouvait à l'époque être considérée comme une île, d'autant plus que ses contours étaient en fait inconnus. Paul Gruyer, dans son livre Ouessant, Enez Heussa, l'île de l'Épouvante, publié en 1899, rapporte l'ancienne tradition orale qui faisait de l'île d'Ouessant la mythique Thulé, tradition déjà rapportée un siècle plus tôt par Jacques Cambry dans son Voyage dans le Finistère (1798).

 

Thule gravure

Carte de Thulé - Auteur : Carolo Malegherio Furnio Arnoldus Mercator Lovaniensis (1558)

Pythéas n'indique pas avoir atteint Thulé si on suit encore Strabon. Il révèle simplement qu'elle est située à six jours de navigation depuis la Grande-Bretagne à des latitudes proches du cercle polaire. Certains auteurs ont imaginé que les indications de Pythéas concernant des populations pratiquant la culture du blé et l'élevage des abeilles se rapportaient à Thulé et à ses habitants. S'il s'agit vraisemblablement de peuples rencontrés au cours de son voyage dans le nord de l'Europe, rien n'indique qu'ils étaient les habitants de Thulé. Néanmoins, Pythéas peint avec étonnement les habitants de ces contrées nordiques : « Les Barbares nous montraient où se couche le Soleil, c'est-à-dire l'endroit où il disparaît pendant six mois, mais où, l'été, les nuits sont éclairées. » Il évoque ainsi le cercle polaire, sans aucun doute... (Pline l'Ancien en l'an 77 - publia son Histoire naturelle dans laquelle il cite également la prétention de Pytheas (dans le livre II, chapitre 75) que Thule est à six jours de voile au nord de la Grande-Bretagne. Puis, en parlant des îles de la Grande-Bretagne dans le livre IV, chapitre 16, il écrit: "La plus éloignée de toutes, connue et parlée, est Thulé, où il n'y a pas de nuits, comme nous l'avons dit, c'est-à-dire quand le Soleil passe par le signe du Cancer, et au contraire il n'y a pas de jours au milieu de l'hiver, et chacun de ces temps suppose qu'ils durent six mois, toute la journée ou toute la nuit". Enfin, en affinant l'emplacement de l'île, il la place le long du parallèle le plus septentrional de ceux qu'il décrit, en écrivant dans le Livre VI, chapitre 34: "Le dernier est le parallèle scythe, des collines du Rhiphean à Thule: dit-on), il fait jour et nuit continuellement par tour (pendant six mois)". " La dernière de toutes celles qu'on cite est Thulé. Nous avons dit qu'au solstice d'été elle n'a point de nuit, le soleil traversant alors le signe du Cancer, et, au solstice d'hiver, point de jour: quelques-uns pensent que la lumière et les ténèbres y durent six mois alternativement. Timée l'historien dit qu'à six jours de navigation de la Bretagne, et en deçà, est l'île Mictis, qui produit le plomb blanc, que les Bretons s'y rendent dans des barques d'osier garnies de cuir. On cite encore d'autres îles, Scandia, Dumna, Bergos et Nerigon, la plus grande de toutes, où l'on s'embarque pour Thulé; de Thulé, un jour de navigation mène à la mer congelée, appelée par quelques-uns Cronienne." Pline Histoire Naturelle.

« ... ou bien deviendras-tu dieu de la mer immense, les marins révéreront-ils ta seule divinité, et Thulé l'Ultime te sera-t-elle soumise? » Citation de Virgile, Georgiques, I, 29-30.

« Simultanément, on a du mal à croire ce qui nous est étranger {...]. Les campagnards d'ici ont la même attitude d'esprit que nous quand nous entendons parler des contrées sises au-delà de Thulé - quelle que soit en vérité cette Thulé, qui permet à ceux qui l'ont dépassée de débiter des racontars invérifiables et irréfutables… » Citation de Synesios de Cyrene.

Du coup, le géographe romain Pomponius Mela place Thulé au nord du pays des Scythes...

À une journée de navigation de Thulé, encore plus vers le nord, Pythéas dit avoir atteint le « Poumon marin », une zone où la navigation n'était plus possible, et que certains ont interprétée comme étant la banquise, ou un mélange d'icebergs et de brouillards sans soleil. Il décrit le paysage, à un jour de navigation de Thulé : « Il n'existe plus de véritable terre, ni de mer, ni d'air, mais une combinaison de ces éléments, [...] comme un "poumon marin" [nom grec de la méduse]. Tout ce qui existe se trouve en suspension, rendant la navigation et la marche impossibles ». Cette vision, où se mêlent icebergs, brouillard et mer, a sans doute terrorisé les marins. Ces dernières citations de Pythéas sont faites par Polybius vers 140 Avant J.C., dont son ouvrage "Histories, Book XXXIV". Puis Pythéas redescend vraisemblablement par la côte ouest de l'Angleterre et découvre l'Irlande sans y faire escale. Ce voyage ou un autre le conduit aux confins de la mer Baltique, pays de l'ambre jaune, jusqu'au fleuve Tanaïs, qui peut être la Vistule ou le Niémen. Il découvre une île immense, que les indigènes nomment Abalus (et renommée Baltia par les romains,,, autre île légendaire) et que Pythéas baptise « Royale », en souvenir de l'Atlantide, où le palais de Poséidon est recouvert d'ambre...

Au 2e siècle av. J.-C.Antoine Diogène écrit Les Merveilles d'au-delà de Thulé (Tα υπερ Θoυλην απιστα), un ouvrage relatant ses voyages fantastiques à Thulé et ailleurs... un peu comme Homère, il s'agit à priori d'un mélange d'aventures et de fictions... Pline l'Ancien précise par contre très sérieusement que des navires partent des îles de Nérigon et de Scandie pour Thulé. Le terme de Thulé figure également dans les Géorgiques du poète romain Virgile. Chez les Romains, Extrema Thule désigne la limite septentrionale du monde connu. Ptolémée le situe au 63° N de latitude dans son ouvrage Géographie. Notons que lorsque les scientifiques de l'Institut de géodésie et de géoinformation de l'Université technique de Berlin ont testé les cartes antiques de Ptolémée, ils ont identifié un modèle d'erreurs de calcul qui se produisait si on essayait de convertir les anciennes coordonnées de Ptolémée en coordonnées géographiques modernes. Après avoir corrigé les erreurs, les scientifiques ont cartographié la Thulé de Ptolémée sur l'île norvégienne de Smøla. Dans la Vie d'AgricolaTacite mentionne avec assurance que les équipages « la virent distinctement » (Vie d'Agricola, X. 6), mais « reçurent l'ordre de ne pas aller plus loin ».

« Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe.
Les corps par les tyrans autrefois déchirés
Se sont en un moment en leurs corps asserrés,
Bien qu'un bras ait vogué par la mer écumeuse
De l'Afrique brûlée en Thulé froiduleuse.
 » poème d'Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques

 

Thule carte2

Pierre Du Val:  La Carte Du Monde pour l'Ancienne Histoire (1665) avec Thulé en haut à gauche

 

Durant l'époque médiévale, Ultima Thule est parfois utilisé comme le nom latin du Groenland alors que Thule désigne l'Islande. De nombreuses cartes du Moyen-âge montrent Thule...

Thule carte3Carte de Thulé (Thyle à gauche) au-dessus de l'Ecosse et des îles Orcades

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Carta_Marina.jpeg

On retrouve aussi Thule sur cette carte de 1539 d'Olaus Magnus sous le nom de Tile..., voici une image grossie de cette île inconnue :

Thule carta marina olaus magnus

 

Au 20e siècle, les mouvements pangermanistes et nazis (Société de Thulé), puis l'écrivain français Jean Mabire associent Thulé au mythique continent d'Hyperborée qu'ils considèrent comme le « berceau » de la race aryenne.

En 1941 ou 1953 selon les versions, la base aérienne de Thulé est nommée ainsi par les américains d'après la légende, située au Groenland sur le sol danois de la région de Avannaa, elle sera le lieu d'un grave accident nucléaire en 1968, avec le crash d'un bombardier transportant 4 bombes nucléaires (dont une n'aurait pas explosée et n'aurait jamais été retrouvées d'après certains)...

Basethule

Base aérienne de Thulé au Groenland, proche d'un lieu ancestral des inuit du même nom...

 

De par sa position mythique extrême, Thulé est parfois employée pour désigner le point le plus au Nord, une espèce d'absolu indépassable, proche de l'idée de "bout du monde". Et pour finir, il est important de savoir que le Gaelic écossais pour nommer l'Islande est "Innis Tile", ce qui se traduit par "île de Thulé"... et que Thulé a aussi donné son nom à un des éléments primordiaux, le 69ème dans la Table Périodique des éléments (ou table de Mendeleïev) : le Thulium...

Pour finir et aussi parler des Inuit et des Esquimaux, les habitants de l'Arctique, voici un extrait du livre de Jean Malaurie, L'Appel du Nord, Ultima Thulé : « Nord, montagne, humanité primordiale, peuple heureux et immortel: ces idées se retrouvent comme en gigogne dans plusieurs civilisations anciennes. Des fragments de ces idées mythiques se retrouvent dispersés dans toutes les civilisations jusque dans l'Arctique. Les Esquimaux, bien que tard venus dans l' Arctique - 10000 ans au plus tôt - gardent de la Sibérie au Groenland la mémoire d'un peuple pré-Esquimau, plus fort et plus conquérant, les Tornit ou Tunit, peuple anti-ethnique. Il est remarquable, en effet, que le Sud groenlandais ait, encore au XIX' siècle, une conscience aiguë de l'existence au nord, très au nord, d'un peuple de géants plus grands, plus forts et cannibales.On m'a montré, dans la région de la péninsule de Boothia les énormes pierres avec lesquelles ces " Tunit " construisaient de grands iglous. A Thulé, on a même gardé quelques mots du vocabulaire de ce peuple perdu dans la brume des siècles obscurs. " Ce sont nos pères ", me disaient les Inuit de Thulé (au Groenland)… » 
« Cet espace nordique a un nom: Thulé. Thulé-Tele : loin; Thu-al : Nord (Celte); Tholos ou Tolos : brouillard (grec); Tula: balance (sanscrit); Tulor mexicaine est dans la tradition ésotérique, la Terre lointaine, l'Ile blanche, le Pôle des lumières, le Sanctuaire du Monde. Thulé, baie de l'Étoile Polaire, est à l'aplomb du Pôle céleste. Telle Jérusalem, pôle judéo-chrétien ou La Mecque, avec la Kaaba, pôle de l'Islam, Thulé est le pôle des hyperboréens. »
« Les invasions se succèdent en Occident. Le mythe demeure: Atlantide de Platon ou Ifverboren, selon les vieux mythes suédois, le jardin des Hespérides, le berceau de la première race des hommes, nouveau Saint Graal, Thulé exprima la tradition celto-germanique la plus ténébreuse, où auraient vécu avant le déluge un peuple d'hommes proches des Dieux, les Atlantes, qui n'auraient survécu à l'engloutissement qu'en fuyant vers l'hypothétique Agaretha. Le Pôle du monde, la capitale, l'île, la montagne des " Maîtres de la Nuit ", des " Douze Sages ". Cette île ou montagne initiatique, où se situerait elle ? »... "
.

Le nom de Thulé remonte aux premières populations indo-européennes (des Aryiens nomades selon certains chercheurs); il a pris en chaque langue une nuance différente: Thuath en gaélique veut dire "le nord" ou "la gauche", Thyle en vieux saxon et Tiule en goth signifient "la limite extrême" et, en sanskrit, Tula, "la Balance", désigne la constellation de la Grande Ourse située au Nord.

 

Les choses se compliquent un peu aussi car les archéologues nomment un peuple indien du Grand Nord, ancêtre des Inuit actuels comme "le peuple de Thulé " !... 

Est-ce les Tornit ou Tunit, dont les groenlandais avaient, encore au XIX' siècle, une conscience aiguë de l'existence au nord, très au nord, d'un peuple de géants plus grands, plus forts et cannibales. Avec des traces dans la région de la péninsule de Boothia avec les énormes pierres avec lesquelles ces "Tunit" construisaient de grands iglous. ?

Qu'en disent les archéologues ? " Les archéologues désignent du nom de Paléo-indiens (paleo signifiant ancien) les premiers peuples en provenance de l'Asie du Nord-Est qui ont atteint l'Amérique du Nord. On a longtemps cru que cette migration datait d'il y a 12 500 ans. De nouvelles découvertes, dont certaines sont incontestables, ébranlent dorénavant cette certitude. Elles signalent plutôt l'arrivée d'humains en Alaska des milliers d'années auparavant. Des archéologues suggèrent même qu'au moins deux vagues migratoires quittent l'Asie en direction de l'est vers le Nouveau Monde. L'idée que nous nous faisons de la venue de ces anciens chasseurs dans l'Ouest canadien n'est plus aussi simple. Il semble en effet que des humains ont longé la côte nord-ouest du Canada vers le sud avant de se disperser dans toute l'Amérique du Nord.

Cependant, sauf pour certaines régions de l'Arctique, les humains s'installent vraisemblablement en tout dernier à Terre-Neuve et au Labrador. Cette situation s'explique en partie par la couverture de glace qui recouvre le sol il y a 10 000 ou 11 000 ans, et la nécessité de traverser le continent en passant par des territoires situés beaucoup plus au sud (les États-Unis d'aujourd'hui). Ils poursuivent, par la suite, leur progression vers le nord le long de la côte Est. En chemin, ils chassent et pêchent sans doute des mammifères terrestres et marins, et d'autres espèces marines. L'immense site archéologique de Debert révèle que les Paléo-indiens s'installent en Nouvelle-Écosse il y a environ 10 000 ans. La découverte d'outils et d'armes caractéristiques de cette époque a également lieu au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard. Des pointes de lances ou de dards provenant de sites archéologiques de l'Île-du-Prince-Édouard ressemblent beaucoup aux premiers artefacts retrouvés lors de fouilles effectuées le long de la côte nord du détroit de Belle Isle, maintenant le Labrador. Selon les archéologues, ce n'est pas une coïncidence. Les premiers Labradoriens auraient traversé le fleuve Saint-Laurent et se seraient dirigés vers l'est en suivant la Basse-Côte-Nord jusqu'au Labrador. Personne avant eux ne s'y était aventuré.

 

Artefacts premiers arrivants

Artefacts tirés de sites archéologiques situés dans le détroit de Belle Isle (Labrador)Ces artefacts datent d'entre 9000 et 7500 ans avant le présent. - Avec la permission de James A. Tuck, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

 

Au cours de la dernière période glaciaire, la glace d'une épaisseur de près de 1,6 kilomètre provoque l'affaissement du sol. Ce dernier se rétablit graduellement après le retrait des glaciers. Les plages et les sites archéologiques dépassent dorénavant le niveau de la mer. Les plus anciens sites archéologiques, qui bordent la côte sud du Labrador, sont donc les plus élevés. C'est ce qui en a facilité la datation. D'ailleurs, le plus vieux site archéologique de la province, situé dans la partie sud du Labrador, repose effectivement à 27 mètres au-dessus du niveau de la mer. La datation au radiocarbone confirme un âge géologique frôlant les 9000 ans. YH : Nous avons donc aux endroits recouverts de glaces (ou hors de glaces mais proches) lors des dernières glaciations un effet contraire aux régions plus au sud : les terres, libérées du poids des glaces, s'élèvent, alors que plus bas, les terres hors de l'eau sont inondées par la montée des eaux suite au même dégel, et s'enfoncent sous l'eau...

Une partie de ces premiers habitants continuent leur lente expansion vers le nord en longeant le littoral labradorien, mais les preuves les plus anciennes de leur implantation sont manifestes dans la région du détroit du Labrador. De petits campements plus récents et géographiquement moins élevés s'échelonnent entre Red Bay et le Québec. Au fil du temps, ces gens enrichissent leur culture de nouveaux éléments (ou du moins ont-ils été préservés pour donner aux archéologues le plaisir de les découvrir), notamment des haches et des herminettes taillées en pierre polie, des pointes de harpons détachables en bois de cerf pour la chasse au phoque (peut-être les plus vieux au monde), des dagues et des pointes de lances en os, l'utilisation d'ocre rouge et de pigments de graphite, auxquels il faut ajouter les inhumations ponctuelles sous des talus en pierre.

Ensuite : Un autre peuple qui se sépare en deux : Les Autochtones de la tradition archaïque maritime tirent leur nom d'un site datant de 4000 ans mis au jour à Port au Choix dans le nord-ouest de Terre-Neuve. Le mot « archaïque » fait référence à un peuple de chasseurs-cueilleurs sans connaissance de l'agriculture. C'est un mode de vie répandu dans toute la partie orientale de l'Amérique du Nord. Le mot « maritime » souligne l'importance accordée aux ressources maritimes dans la vie de ces anciennes peuplades vivant à Terre-Neuve et au Labrador. De nos jours, les archéologues différencient deux branches des Autochtones de la tradition archaïque maritime : l'une méridionale et l'autre septentrionale.

 

Maritime archaic lances

Pointes de lances en os et en pierre trouvées à Port au Choix (Terre-Neuve), datant de 4000 à 3200 ans BP - On peut voir ces reliques dans la collection de The Rooms Provincial Museum Division. - Gracieuseté de M. Ralph Pastore, Memorial University of Newfoundland, St. John's, Terre-Neuve.

 

La branche septentrionale

La branche septentrionale est la première venue s'installer dans la province. Ces Autochtones descendent des habitants originellement établis le long du détroit du Labrador. Ils semblent déjà fort bien adaptés à une vie axée vers la mer iI y a 7500 ans. Des fouilles effectuées dans un tertre funéraire situé à l'Anse Amour, au sud du Labrador, ont permis de découvrir une défense de morse, des arêtes de poisson, un véritable harpon à tête détachable, un manche en bois de cervidés et d'autres objets signalant déjà les liens étroits qu'ils entretiennent avec la mer. Ce tertre funéraire et le harpon sont parmi les plus vieux vestiges de la planète.

 

Tertre anseamour

Tertre funéraire Anse Amour - le plus ancien en Amérique du Nord, Labrador, établi entre 6600 et 6100 avant J.C. - Formé d’un amoncellement peu élevé de grosses pierres, le tertre funéraire circulaire d’un diamètre de 8 à 10 mètres était situé à l’arrière de la principale zone d’habitation. On trouve à l’intérieur du tertre une petite chambre funéraire de pierre sous laquelle on a découvert le squelette bien conservé d’un enfant et plusieurs artefacts.

 

Dès qu'ils sont bien implantés dans le sud du Labrador, les Autochtones de l'Archaïque maritime se propagent ensuite vers le nord. Il y a 5000 ans, ils atteignent les baies Saglek et Ramah dans la partie la plus septentrionale du Labrador. La région de Ramah recèle une pierre particulière, le chert de Ramah, et au cours des 2500 ans qui suivent, ils façonnent leurs outils et leurs armes dans ce minéral. Plusieurs vestiges archéologiques remontant entre 7500 ans et 3500 ans révèlent une longue évolution culturelle comprenant presque toute la côte labradorienne.

Au cours de cette période, ils fabriquent avec habileté divers outils dont des pointes de lance en pierre éclatée à lamelles étroites et à longs manches coniques (pour faciliter l'emmanchement), des couteaux et des grattoirs. Les couteaux sont d'ailleurs assez gros. La pierre est adoucie, polie et transformée en haches, herminettes et gouges pour travailler le bois. Ils achèvent les animaux marins blessés à l'aide de pointes en ardoise polie. Ils utilisent des ulus (des couteaux en forme de croissant), et des couteaux de formes plus traditionnelles pour préparer les peaux et apprêter le gibier. Nous ne pouvons que conjecturer sur les objets en os, en bois de cerf, en ivoire, en bois, en peau, en écorce, et autre matière première biologique qu'ils auraient pu concevoir, sans oublier les charpentes d'habitation, les manches de harpons et de lances, les vêtements, les récipients en écorce et en bois, et bien d'autres articles. Certains archéologues estiment que ces Autochtones ont peut-être construit de grandes pirogues dans les régions où le bois était plus abondant, ou participé à du troc. Les ornements retrouvés comportent des parures de cou en mica et en stéatite, et de larges lames en chert de Ramah probablement destinées à des cérémonies.

Bien que le sol acide du Labrador a effacé en grande partie toute trace d'os, quelques vestiges et l'emplacement des campements et des villages montrent bien qu'ils se nourrissaient de poissons, de phoques, d'oiseaux de mer, de morse et peut-être de petites baleines. Les mammifères terrestres, surtout le caribou, occupaient également une place importante dans l'approvisionnement en nourriture, bois de cerf, os et peau. Il semble qu'au moins un gros village de chasse au caribou a été établi à Nulliak dans le nord du Labrador. Des corridors bordés d'amas de pierres guidaient les caribous en migration directement vers le campement.

 

Nulliak

Nulliak - chasse au caribou

 

Ils ont bâti des habitations à des emplacements propices en creusant des trous dans des plages de rochers. Aux endroits où la mer s'est retirée et a laissé des plages surélevées, nous pouvons apercevoir des reliefs d'habitation dont nous pouvons constater l'évolution. D'abord individuelles, elles deviennent collectives et composées d'un certain nombre de pièces disposées en rangée le long de la plage. Ce type d'habitation atteint son apogée à Nulliak. Il y avait là des « maisons longues » pouvant atteindre 100 m. (YH : notez que des maisons de 100 mètres de longueurs sont énormes et assez uniques pour cette périodes de 7500 à 4000 ans avant le présent ! C'est ce type de structures découvertes qui se rapprochent le plus des légendes des Inuits sur leurs ancêtres "géants" qui construisaient des igloos de pierres énormes selon eux...).

Creux maison

Le creux laissé par une maison préhistorique - Nulliak

 

Il y a environ 4000 ans, une nouvelle peuplade fait son entrée dans le nord du Labrador, les Paléoesquimaux. À mesure que ces étrangers explorent le territoire du Labrador et se répandent vers le sud, les Autochtones de l'Archaïque maritime disparaissent. Peut-être n'est-ce qu'une coïncidence, mais des archéologues affirment que les Paléoesquimaux savaient mieux tirer leur épingle du jeu, c'est-à-dire exploiter les ressources et repérer les meilleurs emplacements pour l'établissement de campements. Peu importe la raison, les Autochtones de la souche septentrionale cessent d'exister il y a environ 3500 ans. Si des groupes ont survécu, ils ont échappé aux recherches intensives que les archéologues ont menées sur la côte labradorienne.

 

Igloo stone

Structure de pierres de l'époque préhistorique - Labrador

La branche méridionale

L'origine des Autochtones de branche méridionale de l'Archaïque maritime est nébuleuse. Un nouveau complexe d'outils en pierre fait son apparition dans la partie sud du Labrador il y a un peu moins de 6000 ans. Ces Autochtones préfèrent, pour la fabrication d'outils, le chert et la rhyolite présentes dans cette région plutôt que le quartz, le quartzite et la chert de Ramah de la branche septentrionale. Vers environ 5000 ans ou 4500 ans, ils habitent déjà la côte méridionale et certaines zones de la côte centrale du Labrador. Ils fabriquent des pointes de lances à large lamelle avec des encoches dans le manche, ainsi que des couteaux en éclat, des grattoirs et des outils de circonstance à partir des matériaux disponibles localement. Des sites archéologiques contiennent des haches, des herminettes et des gouges en pierre adoucie, de même que des harpons et des lances en ardoise polie. Leur type d'habitation est inconnu. De rares vestiges de foyers en pierre ont survécu, parfois en rangée le long d'anciennes terrasses de plage.

Les Autochtones de la branche méridionale sont les premiers humains à coloniser l'île de Terre-Neuve. Il y a au moins 5000 ans, ils s'installent dans la péninsule Northern et, en moins de 1000 ans, dans tout le littoral terre-neuvien.

Le site archéologique le plus intéressant jusqu'à présent est celui de Port au Choix sur la route migratoire des phoques du Groenland. Chaque printemps, ces animaux représentent une source sûre de ravitaillement. En 1968, des fouilles entreprises dans un large périmètre du site révèlent des centaines d'artefacts. Contrairement à la plupart des autres emplacements, le sol de Port au Choix a préservé les matériaux biologiques. Des artefacts en os, en ivoire et en bois de cerf nous donnent un aperçu des outils évolués dont se servaient les Autochtones de la branche méridionale de l'Archaïque maritime. Des harpons détachables et à pointes barbelées, des dards pour tuer les oiseaux, des lances à poisson en bois et en bois de cervidés, ainsi que des harpons et des lances en os et en ardoise polie témoignent d'une admirable adaptation à l'environnement de Terre-Neuve. Ils utilisent des grattoirs et des outils en bois de caribou pour le tannage des peaux, des alènes en os et de fines aiguilles façonnées à partir d'os d'oiseaux pour la préparation et la confection des vêtements. Des gouges, des haches, des herminettes, ainsi que des burins et couteaux de petite taille faits à l'aide d'incisives de castor, leur permettent d'abattre des arbres et de transformer le bois en objets que nous pouvons difficilement imaginer.

Les fouilles à Port au Choix ont également exposé de nombreux ornements et objets associés à des pratiques à caractère spirituel ou magique, notamment des becs et des pieds d'oiseaux, des dents d'ours, de renards, de loups et de castors, des épinglettes et des pendentifs sculptés en forme d'oiseaux, d'ours et même en forme d'humains. Des perles de coquillage, des parures de cou ressemblant à des épées et des pagaies, des cristaux de quartz, de la calcite, de l'améthyste et toutes les variétés de pierre de forme inhabituelle servaient probablement à des fins religieuses ou décoratives. La mer constitue une source d'inspiration pour bon nombre de ces objets, tels un épaulard en pierre, une dent de cet animal, et la représentation de mouettes, de canards, de huards et du grand pingouin maintenant disparu. On peut donc en conclure que des membres de cette peuplade entretenaient des rapports symboliques avec ces oiseaux et ces mammifères.

À l'évidence, les Autochtones de l'Archaïque maritime étaient totalement adaptés à l'environnement de l'île comme en fait foi leurs outils, leur économie et leurs manifestations culturelles.

Les premiers peuples des périodes intermédiaire et récentes ont également su s'adapter aux régions centrale et méridionale du Labrador. Des archéologues proposent même que les Innus modernes aient peut-être pour lointains ancêtres les Autochtones de l'Archaïque maritime. Malgré une implantation réussie de la branche méridionale au Labrador, et l'acclimatation de leur culture à Terre-Neuve, ils disparaissent de l'île il y a environ 3000 ans. Contrairement à la disparition des Paléoesquimaux dans le nord du Labrador, les archéologues peinent à trouver une raison, comme l'arrivée de nouveaux venus, pour la justifier. Le mystère demeure donc entier relativement à leur disparition et à l'absence des premiers peuples dans la province entre 3000 et 2000 ans.

Après, un troisième peuple (ou vague de migration) arrive vers il y a 4000 ans, comme on a vu plus haut. La désignation Paléoesquimau (paléo signifiant ancien) s'applique aux peuples de l'Arctique précédant les Autochtones de la culture de Thulé. Ces derniers sont les ancêtres des Inuit qui vivent actuellement dans le Grand Nord canadien. Les Paléoesquimaux sont peut-être de lointains parents de peuples habitant dans l'Arctique d'aujourd'hui, mais ils n'en sont pas les ancêtres directs.

La culture paléoesquimau culture semble originaire de l'Alaska et remonte à un peu plus de 4000 ans. Les Paléoesquimaux parvenus jusqu'à l'Extrême-Arctique appartiennent probablement au groupe Independence I, du nom du fjord situé dans le nord-est du Groenland, lieu de découverte des premiers artefacts. YH : Ils ont donc probablement traversé le Canada à pied pour aller de l'Ouest à l'Est

À Terre-Neuve-et-Labrador, de nombreux archéologues scindent en deux la préhistoire du Paléoesquimau : la période ancienne qui s'échelonne entre 3800 ans et 2200 ans avant le présent, et la période récente, qui s'amorce vers 2500 ans avant le présent et prend fin entre 1000 ans et 500 ans avant le présent. Même si la période ancienne chevauche quelque peu la période récente, les archéologues ne s'entendent pas sur l'influence exercée par la plus ancienne sur la plus récente. C'est dans la baie Saglek, au nord du Labrador, qu'ont été découverts les plus anciens artefacts de la province. Ils datent d'environ 3800 ans. L'archéologue terre-neuvien James Tuck soutient que la culture des Paléoesquimaux anciens, désignée telle au Labrador, possède beaucoup de points communs avec celle du groupe Independence I du Groenland et de l'Extrême-Arctique.

 

Artefacts groupe independence

Des artefacts du groupe Independence 1 - Baie de Saglek, Labrador. - Avec la permission de James A. Tuck, Memorial University of Newfoundland, St. John's, T.-N.-L.

 

Parmi les outils qu'ils utilisent : des harpons parés de petites pointes en pierre, souvent dentelée (comme les couteaux de cuisine modernes), des petites pointes de projectiles qui sont probablement des pointes de flèches et des grattoirs servant à séparer la graisse de la peau, des petits couteaux en pierre et des burins. Ces derniers sont des outils fins en pierre permettant de faire des encoches dans des os et du bois. Les petites herminettes déterrées dans les sites archéologiques paléoesquimaux laissent supposer que ce peuple travaillait le bois. Les Paléoesquimaux anciens se servaient également de lamelles. On en retrouve abondamment dans les sites archéologiques paléoesquimaux. Les lamelles, petites et acérées, sont des éclats de pierre dont l'équivalent de nos jours serait un couteau de poche à lames jetables ou une lame de rasoir.

Des archéologues du Smithsonian Institution ont repéré différents types d'habitation des Paléoesquimaux anciens dans la région nord du Labrador. L'une de ces habitations est une maison de forme bilobée probablement autrefois recouverte de peaux tendues sur une charpente en bois ou en os de morse. Le sol de ces habitations était pavé de pierres plates. Elles comportaient aussi un foyer fait de dalles de pierre verticales enfoncées dans le sol et placé au milieu de la structure. L'entrée, clairement identifiée, était située au centre loin des aires de sommeil.

Ces archéologues ont constaté avec étonnement que les Paléoesquimaux anciens préféraient installer leur campement dans des endroits protégés et quelque peu éloignés du littoral nordique du Labrador, plutôt que dans les îles périphériques et sur les promontoires, là où les oiseaux et les mammifères marins étaient sans doute plus abondants...

Vers 3000 ans avant le présent, des vestiges semblent indiquer que Terre-Neuve et le Labrador ont vécu une explosion démographique ayant peut-être pour origine l'émergence d'une nouvelle culture baptisée culture Groswater, du nom de la baie Groswater située sur la côte centrale du Labrador. Plusieurs des outils dont se servaient les Autochtones de cette culture ressemblent suffisamment à ceux des Paléoesquimaux anciens pour que nous puissions rationnellement y voir une filiation. L'effondrement de la culture de l'Archaïque maritime sur l'île de Terre-Neuve vers 3200 ans avant le présent pourrait expliquer en partie le succès de la culture Groswater. Cependant, vers 2200 ans avant le présent, c'est au tour de cette culture à disparaître de l'île. Peu après, les Autochtones de la culture Groswater sont rapidement introuvables au Labrador... Les archéologues ne peuvent que supposer que c'est la raréfaction du gibier qui a provoqué cette disparition ou extinction rapide.

L'arrivée de Paléoesquimaux récents se produit quelques siècles plus tard. Les archéologues la nomment culture du Dorset. Elle voit le jour dans la région du bassin Foxe entre l'embouchure de la baie d'Hudson et l'île de Baffin. Cette culture est plus développée que celle des Paléoesquimaux anciens. Les Autochtones de la période du Dorset utilisent des lampes et des récipients en stéatite (Ils ne dépendent donc pas du bois. Ils font brûler de l'huile de phoque pour se chauffer et s'éclairer.) Des artefacts montrent qu'ils fabriquaient eux aussi des traîneaux, mais tirés peut-être par des hommes plutôt que par des chiens, ainsi que des embarcations ressemblant à des kayaks. YH : Les archéologues n'expliquent pas ces "sauts de développement" dans les cultures indiennes (et préhistoriques en général), qui évoluent peu pendant des millénaires avant un "sursaut" rapide qui amène de nombreuses inventions sur une courte période... On peut imaginer une rencontre avec un peuple plus évolué ou encore la naissance d'un "génie" inventif... Les légendes parlent aussi souvent  de "dieux éducateurs" qui aident les tribus à évoluer...

De nombreux sites, comme celui de Port au Choix, mis à jour par l'archéologue Priscilla Renouf de Memorial University, sont vastes et dénotent une longue occupation. Elle y a déterré une quantité considérable d'os de phoque du Groenland. Cet endroit était donc un emplacement privilégié pour la chasse au phoque. Leurs techniques de chasse très avancées pourraient expliquer la présence de si nombreux sites sur l'île de Terre-Neuve. D'ailleurs, c'est probablement le peuple autochtone dont la démographie a été la plus importante sur cette île.

Lire la suite