Les mystères du Mont Sainte-Odile en Alsace

Les mystères du Mont Sainte-Odile en Alsace

Le Mont Sainte-Odile est incontestablement la montagne la plus célèbre de l'Alsace, non par son altitude qui ne dépasse guère 800 mètres, mais par la magnificence de son décor naturel, sa richesse exceptionnelle en monuments archéologiques, et enfin par la légende touchante qui s'y rattache. Celte hauteur, chère à nos populations rurales, abrite le tombeau de la patronne de l'Alsace, parce qu'elle est non seulement un sanctuaire religieux, mais aussi le sanctuaire historique de tout le pays, car c'est sur ce sommet que commence l'histoire de l'Alsace.

L'immense massif que forme le Mont Saint-Odile se détache de loin dans la ligne bleue des Vosges centrales. Cette masse rocheuse, qui domine majestueusement la plaine, tombe à pic sur trois côtés et seul le prolongement Sud-Ouest du plateau supérieur la relie à la chaîne vosgienne. La base de la montagne est formée par le grès rouge des Vosges, recouvert d'une couche épaisse de sable quartzeux provenant de la décomposition de cette roche si friable. La nature de celle-ci explique la forme bizarre, mais naturelle, des nombreux rochers aux dimensions souvent gigantesques, qui se dressent aussi bien sur les hauteurs que sur les versants du massif couverts de riches forêts de sapins, tandis qu'au pied du mont, dans une contrée des plus fertiles de l'Alsace, s'étalent des jardins, des prés, des champs, des vignobles, parsemés, çà et là, de quelques petites villes et de nombreux villages.

Bien des chemins conduisent au Sainte-Odile, mais, que l'on vienne de Barr, d'Ottrott, d'Obernai, de Klingenthal ou d'ailleurs, il faut toujours franchir l'enceinte du « mur païen » qui couronne le sommet de la montagne. Cette vaste muraille englobe le promontoire portant le couvent, ainsi que les deux plateaux contigus : la « Bloss » au Sud et Г « Elzberg » au Nord. Elle est, en son genre, une curiosité archéologique des plus intéressantes, non seulement de l'Alsace, mais de l'Europe entière»

L'enceinte, aux proportions formidables, encercle tout le sommet, . son mur suit les contours accidentés du terrain, en s'appuyant sur d'énormes rochers placés sur son chemin et qui rendent tout abord impossible. Cet ensemble, d'une forme très irrégulière, est relié, à l'intérieur et aux endroits les plus rapprochés, par trois murs transversaux qui séparent les différents plateaux pour former trois camps retranchés (cf. plan).

Le mur païen, d'une épaisseur moyenne de lm50 à 2 mètres, offre un développement d'environ 10.500 mètres. La plus grande longueur, en ligne droite, est de 3.070 mètres environ, et la superficie qu'elle circonscrit est supérieure à 100 hectares. L'état de conservation du mur varie beaucoup et il est difficile de préciser aujourd'hui quelle était sa hauteur primitive. Il offre encore à certains endroits de très belles parties qui accusent une hauteur de 2 à 3m50 (cf. / planche). Abstraction faite des éboulements dus aux agents naturels et des dégradations causées par les déboisements successifs, — sans oublier le vandalisme de certains « touristes », — l'enceinte subit de nombreuses destructions durant le Moyen Age . alors que son mur livrait des blocs tout préparés pour la construction des châteaux féodaux des environs.

Le mur, véritable construction cyclopéenne, est formé d'énormes blocs, plus ou moins équarris, provenant de la montagne même et taillés sur place. Juxtaposés et entassés à sec, sans la moindre trace- de maçonnerie, ils sont fixés, les uns aux autres, par des tenons en bois de chêne, en double « queue d'aronde », formant crampons et posés dans des mortaises taillées dans la pierre (cf. planche) (1). Quelques rares exemplaires de ces pattes se sont conservés et plusieurs Musées du pays (Sainte- Odile, Strasbourg, Colmar et Mulhouse) en possèdent dans leurs collections.

Cette construction, renforcée par ce procédé de liaison intérieure et consolidée par le poids énorme des assises supérieures, formait une ligne défensive qui résistait, par sa stabilité, tant à la sape qu'au bélier. En tenant compte de l'étendue du mur et du mode si compliqué de sa construction, on peut conclure que son élévation nécessitait une main-d'œuvre très importante, le concours de toute une population.

Outre le mur païen, du type à « queue d'aronde », du Mont Sainte- Odile, nous ne connaissons, en Alsace, qu'un second monument présentant absolument le même mode de construction : l'enceinte qui contourne la cime du Frankenbourg. près de La Vancelle (Bas-Rhin). Le périmètre de cette enceinte, de forme circulaire, n'est toutefois que de 500 à 600 mètres environ.

Différentes voies de date très ancienne et probablement d'origine pré-romaine sillonnaient les versants de la montagne et reliaient ses hauteurs à la plaine. Celle qui vient d'Ottrott et qui est connue, dans la- région, sous la dénomination de « voie romaine » ou « chemin des païens » est la plus remarquable, car elle offre de distance en distance des voies de garage, construites dans le but de faciliter la circulation. Aussi a-t-elle conservé, non loin de son débouché, l'ancien dallage, muni d'ornières parallèles et profondes, baptisé par le peuple « pavé du diable »

Même quelques unes des portes d'entrée, par lesquelles les routes  antiques pénétraient dans l'intérieur de l'enceinte, se sont conservées : on en connaît trois, dont l'une est appelée « porte romaine ». A côté du mur païen, les rochers gigantesques, aux configurations plus ou moins fantastiques, qui lui servent d'appui méritent une mention particulière : Le « Wachtstein » relié à l'enceinte principale par un pan de mur érigé à cet effet; le « Maennelstein » qui se dresse un peu plus loin ; la roche ď « Oberkirch » qui surplombe un abîme ; le « Stollhafenfels » qui rappelle par sa forme une marmite; le « Schatstein »; et d'autres qui représentent des curiosités naturelles. Mais ce sont surtout les rochers sans nombre portant des cuvettes, des bassins, des entailles, des croix et d'autres signes du même genre qui ont retenu l'attention des archéologues. Parmi les blocs épars qui couvrent le plateau supérieur ou qui se trouvent de part et d'autre de l'enceinte, on a cru reconnaître des  " dolmens ", des « menhirs », des « monuments mégalithiques », "celtiques " ou « druidiques », etc., quoique le Mont Sainte-Odile ne possède, malgré les formes frappantes de ses rochers, aucun monument de ce genre dû à l'intervention de l'homme ou érigé par ses mains. (YH : on a vu que ce genre d'à-priori impossible à vérifier sans une haute technologie a faussé beaucoup de découvertes...)

Tous ces blocs doivent leurs formes fantastiques et les marques et signes qui les caractérisent, uniquement à des causes naturelles, à des influences atmosphériques, au travail des eaux, ou à l'homme protohistorique qui attaquait ces rochers sans aucun respect pour y tailler les blocs nécessaires à la construction du mur païen qui se trouve toujours dans leur voisinage, d'où il résulte nettement qu'ils ne présentèrent pour lui aucun caractère sacré.

Après cette description sommaire du mur païen de Sainte-Odile une question s'impose : quelles ont été les origines et surtout quelle était la destination primitive de ce monument aux dimensions aussi formidables ? On a formulé les hypothèses les plus diverses quant à l'attribution de cet ouvrage à une époque déterminée. Mais, tandis que les uns plaidaient pour une enceinte purement cultuelle, d'autres, lui attribuant un caractère défensif, y virent un camp retranché, érigé tantôt par les Gaulois, tantôt par les Romains, même par les Alamans. Le mode de construction du mur n'offre pourtant aucun indice distinctif, car l'emploi des tenons en bois, dits « queues d'aronde » , était déjà en usage bien avant les Romains.

L'opinion dominante aujourd'hui est que le rempart du Sainte-Odile a une origine gauloise. On s'accorde, en effet, pour y reconnaître l'enceinte d'un de ces « oppida » dont parle Jules César dans ses « Commentaires », destiné à recueillir et à protéger lors d'un danger une population gauloise et ce qu'elle avait de plus précieux : ses troupeaux. Dans cet ordre d'idées on a cru pouvoir attribuer la construction de ce rempart aux Médiomatriques qui occupaient, à cette époque, le département actuel du Bas Rhin. L'érection du mur serait, par conséquent, à fixer entre le 4e et le 11e siècle avant notre ère. Mais cette attribution, bien que vraisemblable, ne repose, en attendant, que sur des conjectures fort ingénieuses et non sur des données certaines, confirmées par des trouvailles d'objets antiques faites au Sainte-Odile.

Ces dernières sont, en effet, pour un terrain aussi étendu que celui qui est délimité par le mur païen et malgré les fouilles entreprises à différentes époques, très clairsemées. Elles ne se composent, presque exclusivement, que de pièces trouvées isolément. On connaît entre autres plusieurs haches en pierre polie, des pointes de flèches et une lame de poignard en silex de l'époque néolithique ; quelques haches en bronze de l'Age du Bronze ; un bracelet (?), une fibule et des tessons de poterie de l'époque gauloise (ou de La Tène). L'époque romaine est représentée dans cet ensemble par un nombre assez élevé de monnaies, parmi lesquelles celles du Bas-Empire abondent, ainsi que par quelques rares fragments de céramique. Seule l'ère franque-mérovingienne a fourni, outre les objets recueillis isolément, quelques tombes avec mobilier funéraire assez riche.

La plupart de ces trouvailles sont rassemblées et exposées dans le Musée du Couvent.

Les environs de Sainte-Odile sont restés tout aussi pauvres au point de vue des découvertes archéologiques que la montagne elle-même. Abstraction faite de quelques rares instruments en pierre polie conservés dans divers Musées du pays, où se trouvent d'ailleurs aussi d'autres objets provenant de cette montagne, on connaît, provenant de Barr, au pied du Mont Sainte-Odile, un marteau perforé en serpentine tachetée et une hache polie en pierre; le « Welschbruch », dans le fond de la vallée, a livré, en 1860, une hache en bronze à douille et oreillette ; une autre pareille a été trouvée au Kienberg, au Sud- Ouest du Mont Sainte-Odile.

Une place particulière revient à ce curieux « temple païen » qui a existé, dans le temps, sur le promontoire supérieur de Sainte-Odile. Il fut démoli en 1734 et d'après la description et un petit croquis qu'en donnent certains auteurs, qui l'ont encore vu, il se composait d'un soubassement circulaire entouré de six colonnes en pierre.

Comme tous les renseignements complémentaires font défaut, il est difficile d'assigner à cet édifice une date précise. Très probablement on y vénérait une divinité gallo-romaine, et les chroniqueurs affirment que ce sanctuaire fut christianisé et transformé en chapelle par l'évêque Saint-Léger du temps d'Etichon, le père légendaire de Sainte Odile.

Ces antiquités, qui appartiennent à différentes époques, attestent néanmoins une continuité d'habitation du Mont Sainte-Odile depuis la plus haute antiquité jusqu'aux époques historiques. Mais le nombre restreint des découvertes faites sur le sommet de cette montagne ne parle qu'en faveur d'une habitation temporaire par l'une ou l'autre famille ou par un petit clan de la région. Il est d'ailleurs surprenant de constater que l'époque gauloise, durant laquelle, selon une assertion des plus fondées; le mur païen aurait été érigé, n'est représentée dans les trouvailles que par quelques pièces insignifiantes. Est-il possible d'en conclure que l'oppidum de Sainte-Odile, construit par une peuplade prévoyante pour les jours du plus grand danger, n'a jamais été occupé, ni habité dans toute son étendue ?

Le Mont Sainte-Odile (Alsace) pré et protohistorique - A. Ruhlmann Bulletin de la Société préhistorique de France Année 1933 Volume 30 Numéro 3 pp. 191-198

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" A l'heure actuelle, ni sa fonction ni son origine ne sont connues. Même si bon nombre de fouilles ont été effectuées, elles n'ont pas permis de dévoiler son mystère.

Actuellement deux thèses se confrontent : le mur en tant qu'enceinte défensive et le mur en tant qu'enceinte cultuelle. Pour ma part, je privilégierais plutôt la deuxième théorie car elle serait plus en phase avec ce que l'on peut ressentir en étant sur place. Mais je ne veux en aucun cas, en tant que non spécialiste, imposer cette manière de voir. A chacun de se faire une idée sur la chose. Voici ma théorie : La plupart des lieux de culte chrétien actuels ont été édifiés à l'endroit même où, avant, il existait déjà un temple où un lieu sacré vénéré et fréquenté par les peuplades animistes ou païennes.

Pour mieux faire accepter le christianisme, ces lieux ont été christianisés. Les saints de tout acabit ne sont-il pas les remplaçants chrétiens des anciens dieux ?

Il en a été de même pour les jours de fête : Noël - ancienne fête celtique du solstice d'hiver, la Toussaint - fête celtique des morts etc. En fin de compte il y a eu une continuité entre la vénération païenne et la chrétienne. La transition s'est faite en douceur. Ici au Mt Ste Odile on peut retrouver cette continuité. En effet, certains (cf. le cercle mégalithique retrouvé sur le site de la Grossmatt par R. Fohrer au début du XXème siècle) ont affirmé qu'à cet endroit se trouvait un temple solaire, culte lié au soleil, à la lumière. Sainte Odile n'apporte-t-elle pas la lumière aux aveugles ? On peut facilement y voir un rapprochement entre une ancienne déesse solaire et Sainte Odile. Si c'est le cas, pourquoi le mur païen ne serait-il pas l'enceinte qui protégeait la montagne sacrée, vouée à l'adoration du soleil ou des astres ? Comment vraiment vérifier ? "

La pierre "Polaris" - Mont Sainte-Odile-

" Le massif du Mont Sainte Odile, comme le témoigne les découvertes de plusieurs fouilles, a été occupé depuis le Néolithique. Des silex et haches en pierre polie ont permis de dater une lointaine occupation des lieux vers 4000 ans av. JC.

Un mobilier abondant datant de l'âge du bronze a également été exhumé et atteste d'une occupation assez importante à cette période, entre 1500 et 800 av. JC.

Par contre des objets de l'âge du fer (750 à 50 av. JC) sont beaucoup plus rares et semblent montrer qu'à cette époque le massif à été moins habité.

Une importante quantité de pièces romaines atteste par contre d'une intense activité sur le sommet. Il est à noter, selon certains archéologues, que les portes dites à couloir du mur (portes de Barr et de l'Elsberg) ont vraisemblablement été érigées durant l'époque romaine ainsi que certaines réfections de l'enceinte elle même (analyse de tenons de bois au carbone 14 et par dendrochronologie). "

Très intéressant site et sources : http://www.mur-paien.fr/ensemble%20cadre%20nouveau.htm

Complément sur les énergies ressenties sur le Mont Sacré :

Yves Herbo-SFH-12-2013

Yves Herbo sur Google+

archéologie prehistoire environnement mystère astronomie

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