Le tombeau des rois à Jérusalem

Le tombeau des rois à Jérusalem

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Le Tombeau des Rois - 1903

Lorsque François-René de Chateaubriand arriva sur les Terres Saintes, en 1806, les érudits et moines affirmaient depuis au moins le IVème siècle que le fameux Tombeau des Rois, situé à environ 700 mètres au nord des remparts de Jérusalem, était le monument funéraire de David, Salomon et des Rois leur succédant.

Hasard des choses ou volonté cachée, le fait est que Chateaubriand, écrivain et futur Franc-Maçon réputé, remis en question l'opinion commune (et apprise aux enfants donc) en redécouvrant un passage omis (volontairement ou pas) par le célèbre géographe grec Pausanias. En effet, ce dernier mentionne l'existence à Jérusalem d'une sépulture extraordinaire : la porte ne s'ouvrait d'elle-même qu'une seule fois par an, tel un automate. Il s'agissait du Tombeau d'Hélène, Reine d'Adiabène, morte durant le 1er siècle après J-C. La Reine avait ordonné dans son testament que son corps soit transporté depuis son riche royaume, qui se situait du Tigre à l'Euphrate (actuelle Turquie), pour qu'elle puisse reposer dans la Ville Sainte.

En toute logique, les scientifiques et érudits comparèrent les textes antiques et les vestiges du Tombeau et, petit à petit, ils se rangèrent à l'opinion que le monument était bien celui de la famille royale d'Adiabène. C'est sans compter avec l'intervention de Félicien de Saulcy, qui réinverse les choses d'une façon imprévisible dans les années 1850...

http://www.villemagne.net/site_fr/jerusalem-chateaubriand.php

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Escalier menant au Tombeau des Rois

Louis Félicien Joseph Caignart de Saulcy, également membre d'une loge maçonnique (1), proche de Napoléon III, archéologue et numismate "visionnaire", arrive dans la Ville Sainte en 1850, après un périple en Mer Morte avec des amis aventuriers. La fête de réveillon organisée par le Consul de France, Paul-Emile Botta, une mémorable fête au haschich qui reste longtemps dans les mémoires locales. Le 4 février 1851, il explore le Tombeau des Rois et rapporte au Louvre plusieurs fragments de sarcophages, qui sont toujours à l'origine des collections orientales françaises. Son mémoire est lu officiellement en plein été, août 1851, et déclenche un tollé à l'Académie. Saulcy y affirme que le Tombeau des Rois était bien celui de David et Salomon. La bataille entre Saulcy et ses homologues français et européens fait rage pendant près de dix années, à coups de publications d'articles et de non-preuves de chaque côté.

(1) Gustave SchlumbergerÉloge de M. de Saulcy, lu dans la VIe séance générale de la Société de l'Orient latin, le 16 mai 1881, Impr. J.-G. Fick, Genève, 1881

Jusqu'à ce que Saulcy décide de retourner sur place, mais officiellement. Il affirme déjouer le "complot des puissances étrangères et les manifestations religieuses" et obtient en 1863 l'autorisation de mener les premières fouilles archéologiques officielles en Terre Sainte. Depuis toujours, la disposition asymétrique du tombeau intriguait. Il vérifia donc la partie suspecte mais elle n'avait jamais abrité un espace inconnu, et continua ses fouilles vers l'intérieur du Tombeau. Son but était la découverte d'objets permettant de préciser une datation du monument. Après quelques jours de fouilles à la lueur de bougies, un ouvrier repère un endroit où la roche a été remplacée par du mortier. Quelques coups de pioche rouvrent l'accès à une chambre secrète et, au fond de celle-ci, un sarcophage royal repose caché depuis près de 1800 ans.

Malheureusement, les scientifiques n'apportaient à l'époque aucune précaution à leurs ouvertures de sarcophages : à peine ouvert, le squelette et des objets intacts qu'il contenait tombent en poussières. Seuls les fils d'or d'un vêtement subsistent et il n'y a plus rien de la Reine Saddan, à part son nom gravé dans la pierre...

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La pierre ronde fermant automatiquement l'entrée : elle fonctionnait encore au IIème siècle selon les écrits.

Les choses se gâtèrent pour Saulcy car la plupart des savants interprétèrent cette inscription comme une transposition en langue sémitique du nom de la Reine assyrienne Hélène d'Adiabène, ce que Saulcy refusa d'admettre totalement. Il fut reconnu comme étant à l'origine, grâce aux relations franc-maçonnes, de l'acquisition du monument par de grands industriels français en 1878, les frères Pereire, afin de le préserver. Curieusement, peu après, un obscur professeur prétendit avoir découvert un tesson sur lequel le nom d'Hélène était gravé en hébreu archaïque. Cette étonnante tentative pour renforcer les idées déjà retenues, celles de Chateaubriand depuis 1806 et d'Edward Robinson, fut démaquée tout aussi étrangement très vite comme une imposture... 

Le site fut clôturé et vidé et finalement légué à la France en 1886. Du fait de la législation ottomane qui ne connait pas la personne morale, le site ne fut pas donné à la France, mais directement au consul de France à Jérusalem en 1886. Le site est l'un des quatre territoires français de Jérusalem (les autres sont la Basilique du Pater Noster (ou de l'Eleona) sur le Mont des oliviers, l'Église Sainte-Anne de Jérusalem, et l'Abbaye bénédictine d'Abou Gosh). On n'entendit plus trop parler de lui, sauf à l'occasion du mystérieux assassinat, jamais élucidé, de son gardien en 1905...

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Le tombeau est situé sous un morceau de terrain sur lequel est construit une petite maison en pierre juste au dessus du tombeau. La maison a été construite par une famille musulmane appelée Irhimeh "ارحيمه" qui l'a habitée jusqu'au milieu des années 1990, jusqu'à ce qu'ils soient empêchés de se rendre à Jérusalem.

" Description du site

La pierre ronde qui permettait de fermer l'accès de l'antichambre, dont le mécanisme hydraulique fonctionnait encore au iie siècle.

Plan du tombeau
Depuis la maison située sur le terrain au dessus du tombeau, part un escalier de 9 mètres de large qui conduit à une avant-cour. À l'origine cet escalier était ouvert. L'eau est recueillie dans des bassins à partir d'un système de canaux sculptés dans les degrés. L'entrée dans la tombe s'effectue par une cour, de la même époque, taillée dans le roc, précédée par un arc, lui-même taillé dans la roche (façade).

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La façade de 28 mètres était couronnée de trois pyramides qui n'existent plus, mais qui sont décrites par Flavius Josèphe et d'autres sources antiques. L'architrave était soutenue par deux piliers, dont des fragments ont été retrouvés dans les fouilles. Les tombes sont disposées sur deux niveaux autour d'une chambre centrale. Celle-ci est accessible depuis la cour par une antichambre qui descend dans un labyrinthe de chambres faiblement éclairées. L'accès de l'antichambre depuis la cour extérieure pouvait être fermé hermétiquement en roulant une lourde pierre ronde en travers. La pierre est demeurée in-situ. Au premier siècle après J.-C., un «mécanisme secret», actionné par la pression de l'eau déplaçait la pierre. Probablement une petite quantité d'eau activait un système de contrepoids qui permettait d'ouvrir la tombe. C'est de ce mécanisme dont parlait Pausanias le Périégète au iie siècle.

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Le sarcophage d'Hélène d'Adiabène avec au centre l’inscription Saddan reine et Saddah reine
Deux des huit chambres funéraires disposent d'Arcosolium, lieu de repos composés d'un banc coiffé d'une arche au-dessus de lui. Certains de ces Arcosolium possèdent des niches triangulaires où des lampes à huile étaient placées pour donner de la lumière pendant l'inhumation et la préparation des corps.
Les deux types de tombes les plus courants du premier siècle après J.-C. sont tous deux présents dans ce complexe funéraire.

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Les tombes sont maintenant vides, mais abritaient, au moment des fouilles, un certain nombre de sarcophages. Ceux-ci ont été étudiés par une mission archéologique française dirigée par Félicien de Saulcy et par la suite emmenés au musée du Louvre par le gouvernement français, qui a hérité du site après la mort de l'ancien propriétaire (le consul de France) à qui le terrain avait été cédé en 1886.

L'un des sarcophage en pierre calcaire sobrement sculpté portait l'inscription Tzada Malchata (צדה מלכתה Sadah reine ou Saddan reine), en hébreu et syriaque. Ce sarcophage a été attribué à la reine Hélène. Les décorations et l'architecture du complexe funéraire sont séleucide, ce qui cadre avec cette identification. "

Sources : de_Saulcy  + TombeaudesRois + Ici et là, n°4 (décembre 2000) + http://www.blogg.org/blog-19569-billet-liste_de_francs_macons_celebres-139798.html

Yves Herbo (c) SFH 12-2012

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