Australie : l'empreinte des Ancêtres

Australie : l'empreinte des Ancêtres

Brucechatwin

Bruce Chatwin

" Des lignes traversant tout le continent forment tout un réseau de sentiers invisibles que les aborigènes nomment " l'Empreinte des ancêtres ". En Occident, on les connaît comme les "lignes de la Chanson" et les "pistes du rêve". Elles faisaient partie du mythe de la création des autochtones qui parle des êtres légendaires qui erraient sur la terre, chantant le nom de tout ce qui croisait leur chemin - oiseaux, animaux, plantes, roches, trous d'eau - et donc chantaient le monde dans son existence.

Chaque tribu avait sa propre ligne de chant, transmise par leurs ancêtres. C'était leur responsabilité de préserver ces chants sacrés et de suivre les lois et les traditions contenues à l'intérieur. Ils avaient le devoir de protéger leurs lignes de chant, sur un territoire méconnu qui est finalement devenu un désert. Si les chansons étaient oubliées, la terre elle-même se flétrissait et mourait. En chantant une chanson de création aux points de repère, le pays s'animait et s'épanouissait avec santé et vigueur.

Songlines australia s e davies

Une ligne de chant agit également comme une carte et une boussole. Dans la mesure où un autochtone connaissait la chanson, ils pourraient toujours trouver leur chemin dans tout le pays. Un homme faisant un "Walkabout" voyagera toujours en suivant l'une de leurs "Songlines". S'il devait s'éloigner de sa piste du rêve, il serait assimilé comme une intrusion sur les terres de quelqu'un d'autre. Tant qu'il collait à sa piste, il trouverait toujours des personnes qui ont partagé son rêve, chez qui il pouvait s'attendre à un bon accueil.

Walkabout : " Walkabout est un mot pidgin australien faisant référence au rite de passage des Aborigènes d'Australie, qui allaient dans l'étendue sauvage, loin de leur famille à l'âge de 13 ans, et à leur retour étaient considérés adultes par la communauté. "

En théorie, l'ensemble de l'Australie pourrait se lire comme une partition musicale (connue comme une carte de la chanson). Il n'y a guère de rocher ou de ruisseau dans le pays qui ne peuvent pas être chantés. Vous visualisez les lignes de chants comme un labyrinthe de récits épiques, révélant de cette manière ce qui, dans chaque site sacré peut être lu en termes de sa géologie, de sa fonction et des légendes qui lui sont associées.

N'importe où dans la brousse, vous pouvez pointer vers un élément du paysage et demandez à un autochtone, « Quelle est l'histoire de ça ? » ou « Qui est-ce ? » Les chances sont qu'ils répondront « Kangourou » ou « Perruche » ou « Jew Lézard  », selon l'ancêtre qui marchait comme ça. « Et la distance entre deux de ces sites peut être mesurée par un tronçon de la chanson. "

On peut noter le travail initiatique de l'écrivain-voyageur Bruce Chatwin sur les "songlines". 

Songlinechatwin

Sources : https://www.facebook.com/HumanOdyssey - http://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Chatwin 

Australie serpent

Dessin d’une peinture aborigène sur écorce représentant le Serpent d’Arc-en-Ciel. Nord de l'Australie, d'après une photo de M. Lorblanchet. Dossier Histoire et Archéologie n° 135, Fév. 1989.

" « Chez les Aborigènes d'Australie, le serpent python est à la source de la création des paysages, des Ancêtres et des Héros mythiques, puis des hommes. Leur cosmogonie nous est parvenue intacte :

“Le peuple croit que le monde tel qu'il est aujourd'hui a été créé par une série de drames originels et spécifiques dans lesquels des ancêtres héroïques et richement parés, d'apparence à la fois humaine et non humaine, ont jailli du monde des esprits souterrains, libérant des forces susceptibles de donner la vie... Les ancêtres, épuisés, retournèrent dans la terre après cette époque de merveilles que l'on appelle populairement "Le Temps du Rêve". Ceci marqua la fin de la transformation du paysage, bien que celui-ci conservât éternellement le pouvoir de donner la vie. Aux endroits où ils étaient apparus et où ils avaient regagné le monde souterrain des esprits, et ceux qu'ils avaient visités, des sources, des rochers, des collines et des rivières furent créés par la transformation de leurs corps ou par les traces de leurs activités.” (Maurice Jupurrula).

Ce “Temps du Rêve” semble être comme un lointain souvenir de ce que fut l'Age d'Or, le temps où l'homme vivait en harmonie avec la nature.

Là où la Vouivre affleure, se trouvent, disent les Aborigènes, des réserves de force vitale, tant il est vrai que dans tous les pays, les lieux sacrés sont ceux où l'homme peut encore se recharger en se laissant pénétrer par les Forces de la Terre. »

Extrait de : Kinthia Appavou et Régor R. Mougeot, La Vouivre, un Symbole Universel, EDIRU, p.64 (Les Editions EDIRU ferment et il ne reste plus que quelques exemplaires de ce livre chez l’auteur de ce blog. Il en est de même pour Contes qui coulent de Source – La quintessence du conte, où est contée « L’invention du didjeridoo ») "

http://vivrevouivre.over-blog.com/article-les-songlines-le-grand-serpent-d-arc-en-ciel-des-aborigenes-australiens-et-la-vouivre-du-terroir-francais-68254897.html

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Uluru :

" Uluru, aussi connu sous le nom d'Ayers Rock, est un inselberg en grès située dans le Territoire du Nord, au centre de l'île principale de l'Australie. Il s'élève à 348 mètres au-dessus de la plaine. C'est un lieu sacré pour les peuples aborigènes Pitjantjatjara et Yankunytjatjara, à la base duquel ils pratiquent parfois des rituels et réalisent des peintures rupestres d'une grande importance culturelle. Ceci combiné à ses singularités géologiques et hydrologiques, ainsi qu'aux remarquables teintes qu'il peut prendre, en particulier au coucher du soleil, en a fait un des emblèmes de l'Australie, depuis sa découverte par les Occidentaux en 1873.

Il est classé sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO au travers du parc national d'Uluru-Kata Tjuta dont il est, avec Kata Tjuta (aussi connu sous le nom de monts Olga), l'une des formations emblématiques. Ce parc protège des espèces fragiles, adaptées au climat aride de l'outback, et qui constituent une ressource importante pour les Anangu. Il est devenu une attraction touristique phare à partir des années 1940. Ce statut a provoqué diverses réactions des aborigènes, surtout lorsque certains des 400 000 touristes qui défilent chaque année s'aventurent à escalader le rocher. "

" Des découvertes archéologiques à l'est et à l'ouest d'Uluru indiquent la présence de campements humains dans la région il y a plus de 10 000 ans - Robert Layton, Uluru: An Aboriginal History of Ayers Rock, Canberra, Aboriginal Studies Press, 1989 (ISBN 0-85575-202-5)

" Le monolithe d'Uluru est un site sacré des aborigènes, ils lui vouent un grand respect et, bien que leurs rites demeurent secrets, on sait que deux sites d'Uluru sont d'une haute importance religieuse : l'un pour les femmes âgées, l'autre pour les hommes les plus initiés, qui y convergent par centaines lors de rares cérémonies. Ces deux sites en particulier sont interdits à la photographie, afin que les Anangu n'aient pas connaissance des rituels du sexe opposé " - Uluṟu - Kata Tjuṯa National Park - Tjukurpa, the foundation of Anangu life [archive], Australian Department of the Environment and Water Resources

" Comme de nombreuses cultures, celle des aborigènes d'Australie, en attribuant à certains lieux des pouvoirs ou une symbolique particulière, a conçu une géographie sacrée. Selon leur tradition, les êtres du « Temps du rêve » ont façonné les formes du monde. Uluru est l’une d’entre elles. Le rocher est un des points du chemin parcouru par les ancêtres au temps du rêve, période de la formation du monde. Ce chemin était parcouru annuellement par diverses tribus afin de perpétuer la mémoire et de stimuler les esprits.

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Selon les Anangu autochtones d'Uluru :

« Le monde était autrefois informe. Aucun des lieux que nous connaissons n'existait jusqu'à ce que des créateurs, sous la forme d'humains, de plantes ou d'animaux, voyagent au travers de la terre. Alors, dans un processus de création et de destruction, ils formèrent les paysages que nous connaissons aujourd'hui. La terre des Anangu est toujours habitée par les esprits de douzaines de ces créateurs ancestraux qui sont appelés Tjukuritja ou Waparitja. »

Il existe différentes interprétations données par les étrangers aux histoires ancestrales aborigènes concernant l'origine d'Uluru, de ses failles et de ses fissures. Il aurait été bâti au Temps du rêve (Tjukurpa). Son isolement dans la plaine et la violence des orages que sa masse attire en font un lieu de référence mythique. Une de ces interprétations avance que :

« Uluru (Ayers Rock) fut érigé au cours de la période de création par deux garçons qui jouaient dans la boue après la pluie. Lorsqu'ils eurent fini de jouer, ils voyagèrent en direction du sud vers Wiputa. Se battant l'un contre l'autre, ils se dirigèrent vers le mont tabulaire Conner, au sommet duquel leur corps sont préservés sous forme de rochers. »

Une autre interprétation parle de serpents qui menèrent de nombreuses guerres autour d'Uluru, entaillant la roche, tandis qu'une autre encore raconte que deux tribus d'esprits ancestraux, invités à une fête mais distraits par la beauté de la Femme Tiliqua manquèrent à leurs engagements ; en réponse, les hôtes en colère invoquèrent le Mal dans une statue de boue qui vint à la vie sous la forme d'un dingo. Une grande bataille s'ensuivit, qui se conclut par la mort des chefs des deux tribus. La terre elle-même se souleva en affliction face à ce carnage, créant ainsi Uluru. Il est le lieu central des croyances des Anangu, pour qui le serpent arc-en-ciel Yurlungur dort dans l'un des bassins du sommet. Tout autour de ce rocher, de nombreux sites sont sacrés et porteurs de mémoire et de légendes.

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Photo : Uluru rocks in Australia, aborygen picture - Drozdp 18:22, 16 Jun 2005 (UTC)7 May 2006 (UTC)

Le département pour l'environnement formule les conseils et mises en garde de la sorte :

« De nombreux Tjukurpa comme Kalaya (l'émeu d'Australie), Liru (le serpent venimeux), Lungkata (le tiliqua), Luunpa (le martin-pêcheur) et Tjintir-tjintirpa (la rhipidure hochequeue) voyagent à travers le parc national d'Uluru-Kata Tjuta. Les autres Tjukurpa n'affectent qu'une zone spécifique. Kuniya, le python de Ramsay, vivait dans les rochers d'Uluru où il combattit Liru, le poisson venimeux. »

Il est parfois rapporté que ceux qui prennent des roches d'Uluru seront maudits et subiront des malheurs. Il existe de nombreux cas où des personnes ont renvoyé par colis postal à diverses agences les roches qu'ils avaient prélevées dans l'espoir de se débarrasser des malheurs qui les touchaient "

Uluru sources - Wikipedia - Kata Tjuṯa National Park - Tjukurpa, the foundation of Anangu life [archive], Australian Department of the Environment and Water Resources (fr) Parc national d'Uluru-Kata Tjuta [archive], Patrimoine mondial
 Bruce Chatwin, The Songlines, Penguin Books, Londres, 1988
Uluṟu - Kata Tjuṯa National Park - The Creation Period [archive], Australian Department of the Environment and Water Resources - Robert Layton, op. cit., page 5
Norbert C. Brockman, Encyclopedia of Sacred Places, ABC-Clio Inc., Santa Barbara, California, juin 1997, pages 292–93 (ISBN 0-19512-739-0)
« Rock theft brings bad luck [archive] », The Age, 7 mars 2003
Kathy Marks, « Uluru tourists return 'cursed' souvenirs [archive] », The New Zealand Herald, 12 mai 2008

Nyliari tjapangati 8005

Peinture aborigène - Nyliari-Tjapangati - http://www.peintureaborigene.com/page/10

Wandjinas

Tribus Wandjinas - peintures aborigènes

" Du désert australien au nord canadien, les similitudes sont frappantes, à lire Hugues Brody. Décrivant le mode de vie des indiens du nord ouest, autres chasseurs cueilleurs, voisins (et ennemis) des Inuit, il relate comment ils ont conclu un traité d'autonomie avec le gouvernement.

« Que s'est-il passé ? Pour répondre à ces questions, pour connaître les faits, un des anciens Dunneza a voyagé en rêve, sur les chemins du temps, jusqu'à la signature du traité. Il en a reçu le récit sous forme de chant, dans son sommeil, et il l'a chanté aux autres. C'est ainsi que le peuple a su ce que ses ancêtres avaient entendu et compris lors de la conclusion de l'accord.

J'ai parlé des pistes du paradis dans Maps andDreams, et j'ai dit comment les gens que je connaissais le mieux, ceux qui avaient à cœur de faire mon éducation sur les pistes et les rêves, mêlaient à leurs explications un autodénigrement qui anticipait sur mon scepticisme J'écoutais très attentivement, et j'essayais de comprendre les histoires et les théories qu'exposaient mes professeurs. Ils savaient donc que pour les Blancs, leurs voyages sur les pistes des rêves, tout comme l'ensemble complexe d'histoires et d'expériences dans lequel ces pistes avaient leur place et leur sens, étaient risibles et mensongers.

Les Athabascans empruntent bel et bien ces pistes : sur terre, dans le ciel, et dans le temps. Mais, dans une certaine mesure, tout le monde en fait autant. Les histoires auxquelles nous croyons et les rêves qui nous servent de guides - tout cela nous emmène vers d'autres lieux, d'autres temps. Cela peut relever du domaine de l'imagination ou, dans le cas des chasseurs-cueilleurs, être au cœur d'une façon de vivre. Tous les systèmes culturels reposent plus ou moins sur un héritage oral, et toute culture orale nous entraîne dans des voyages spirituels. Les protestations de rationalisme obscurcissent cette vérité, et nient l'expérience et le pouvoir des histoires. Le rationalisme enferme les êtres humains dans un temps unique, même s'ils voyagent dans d'autres. Les Athabascans accomplissent pleinement ce que d'autres ne font que partiellement. » Hugues Brody.op.cité.

Gilles Deleuze a conceptualisé cette forme de pensée comme « pensée en réseau « par définition sauvage et nomade » et la qualifiera tour à tour de « pensée rhizomatique », de « pensée réticulaire multidimensionnelle », voire de « pensée connexionniste » – cette forme de pensée s'oppose en tout cas à la normalité et à la normativité de la pensée cartésienne, rationnelle et unidimensionnelle

Journeyline

Dans ses travaux, l'anthropologue Barbara Glowczewski a montré l'existence d'une pensée réticulaire multidimensionnelle chez les tribus aborigènes d'Australie, dont le système cognitif spatialisé et la cosmogonie reposent sur une vision traditionnelle de l'univers qu'elle qualifie de « connexionniste » dans le sens où tout y est virtuellement connectable et interdépendant.

« Toute connexion entre deux éléments a des effets sur d'autres éléments du réseau. Que ce soient les hommes et les femmes, le règne animal, végétal ou minéral, la terre, le souterrain ou le ciel, l'infiniment petit et l'infiniment grand, la vie actualisée et les rêves, tout interagit. Ces connexions sont mises en œuvre par les rites, par les rêves, et par le lien spirituel et physique qui unit chaque humain à certains éléments de son environnement – lien que l'on a coutume d'appeler, en anthropologie, "totémique" Barbara Glowczewski "

Extraits de : http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/aborigenes-daustralie/ - un énorme dossier très complet sur ce thème.

Yves Herbo Traductions, Sciences-F-Histoires, 06-04-2014

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